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Isle-et-Bardais, Petits Jardins (Allier)

Le sanctuaire antique et ses réoccupations tardives


Dernière modification : 7 septembre 2017

Le sanctuaire des Petits Jardins à Isle-et-Bardais (Allier) se trouve aujourd’hui au cœur d’une des plus belles chênaies d’Europe, la forêt domaniale de Tronçais. Il s’agit d’un sanctuaire antique de la cité des Bituriges Bubes, à 60 km de sa capitale Bourges et à l’écart de toute autre agglomération antique, les plus proches étant à une vingtaine de kilomètres. Après l’abandon du lieu de culte, un atelier de tuilier s’est implanté sur les ruines d’un des bâtiments, au haut Moyen Age.

 

Par Laure LAÜT

 

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Commune : Isle-et-Bardais
Cadre naturel : Forêt domaniale de Tronçais
Département : Allier
Région : Auvergne

 

 

 

 Opérations menées depuis 2000 sur le site, en milieu forestier

Prospections pédestres

  • Années 1980 : découverte du site par Elie BERTRAND, un érudit local, qui observe à cet endroit trois « amas ruiniformes » d’époque romaine.
  • 2000-2001 : nouvelles prospections sur l’ensemble du massif forestier, qui permettent de préciser la caractérisation et la datation du site des Petits Jardins, d’identifier un atelier de tuilier sur l’un de ses trois reliefs et de réaliser un relevé topographique général, avant la fouille (resp. L. LAÜT).

Prospections géophysiques

Plan général du site des Petits Jardins ©L. Laüt
Plan général du site des Petits Jardins ©L. Laüt
  • 2008  : prospections électriques et magnétiques menées par Cécilia BOBÉE (UMR 7619, Paris VI) et son stagiaire, Gabriel CARAIRE (master 2 pro à Bordeaux III), dans le cadre de la fouille programmée sur le site. De nombreux indices de structures inédites sont alors cartographiés.

Analyse de la biodiversité actuelle

  • 2001, 2005 : interventions de chercheurs de l’INRA-Nancy pour mesurer l’impact des occupations antiques sur la biodiversité actuelle, en forêt de Tronçais. Le site des Petits Jardins est l’un des établissements gallo-romains sélectionnés pour cette étude. Il fait donc l’objet de relevés floristiques (J.L. DUPUOEY), d’analyses des sols (E. DAMBRINE) et du fonctionnement racinaire des chênes (J. GARBAYE). Contrairement à d’autres sites d’importance équivalente, celui des Petits Jardins ne révèle pas de modification notable de la biodiversité, en raison, sans doute de ses fonctions cultuelle puis artisanale, qui n’impliquent pas forcément d’activités agro-pastorales dans son environnement immédiat.

Fouille programmée

Fig. 02 : Site des Petits Jardins : le temple 1, vu depuis le nord-est ©L. Laüt
Fig. 02 : Site des Petits Jardins : le temple 1, vu depuis le nord-est ©L. Laüt
  • 2002  : Première campagne de fouille programmée sur le site des Petits Jardins (resp. L. LAÜT). Les structures mises au jour sur l’un des trois reliefs (secteur 1) permettent d’identifier un premier temple de type fanum, mais aussi un four de tuilier, implanté dans les ruines de celui-ci, au niveau de la cella. Nous savons désormais que le site correspond à un sanctuaire du Haut-Empire, réoccupé tardivement par des artisans tuiliers.
  • 2003  : Poursuite des interventions dans le secteur 1, avec découverte du four de tuilier n° 2 et identification d’un autre fanum sur le second relief (secteur 2). Des tranchées de diagnostic sur le troisième relief (secteur 3) font apparaitre les premières structures d’un autre bâtiment, dont la fonction est encore indéterminée (resp. L. LAÜT).
  • 2004  : Fin de la fouille des deux temples et de leurs abords (resp. L. LAÜT).
  • 2006  : Reconnaissance des murs de clôtures par sondages en différents points du sanctuaire. Un dépôt de vases et de statuettes est mis au jour dans l’angle intérieur sud-ouest du temple 1, ainsi qu’une tabula ansata non inscrite, dans une structure encore non identifiée à l’est du temple 2 (resp. L. LAÜT).
    Fig. 03 : Site des Petits Jardins : dépôt de vases trouvé dans l’angle intérieur sud-ouest du péribole du temple 1 ©L. Laüt.
    Fig. 03 : Site des Petits Jardins : dépôt de vases trouvé dans l’angle intérieur sud-ouest du péribole du temple 1 ©L. Laüt.
  • 2008  : Vérification de certaines des anomalies mises en évidence par les prospections géophysiques faites quelques mois plus tôt. Les plans du bâtiment 3 et des murs de clôture du temple 2 sont ainsi complétés (resp. L. LAÜT).
  • 2010  : Le bâtiment 3b (qui a livré la tabula ansata) est confirmé comme étant un porche d’entrée carré sur le péribole du temple 2. Poursuite des dégagements sur le bâtiment 3a, où des déchets métallurgiques révélant la présence d’une forge, sont identifiés (resp. L. LAÜT).
  • 2011  : Dégagement complet du porche d’entrée (bâtiment 3b), sur le mur péribole du temple 2. Découvertes de nouvelles structures, dans le prolongement du bâtiment 3a, vers l’est et le sud (resp. L. LAÜT).
  • 2012  : Poursuite du dégagement du bâtiment 3a. Tranchées de diagnostic au sud du temple 2 (secteur 4), où seules quelques rares structures en creux sont mises au jour. Dans le secteur 1, réouverture de zones de fouilles remblayées en 2006, pour intervenir à nouveau sur le temple 1 et les fours de tuilier du haut-Moyen Age, qui sont examinés à cette occasion par un spécialiste, Fabrice CHARLIER (resp. L. LAÜT).
    Fig. 04 : Site des Petits Jardins : le four de tuilier n° 1, dans la cella du temple 1 ©L. Laüt.
    Fig. 04 : Site des Petits Jardins : le four de tuilier n° 1, dans la cella du temple 1 ©L. Laüt.

Études de mobilier

  • Céramique  : depuis 2002, Isabelle BOUCHAIN-PALLEAU (céramologue indépendante). 2012-2013, Stéphanie TILMANT (étudiante en master 2 à Paris 1).
  • Verre  : depuis 2002, Anna MOIRIN (service du patrimoine de Bourges).
  • Métal  : depuis 2006, Delphine FRANCESCHI (doctorante à Paris 1)
    TCA : 2011-2012, Noémie ARANDEL (étudiante en master 1 à Paris 1), encadrée par Fabrice CHARLIER (France Archéologie).

Datations

  • 2004  : datation par archéomagnétisme du four de tuilier n° 1, Fr. MARIN et N. WARMÉ (UMR 7154, INRAP). Cette intervention a permis de situer la dernière chauffe du four 1 entre le milieu du 6ème s. et le début du 7ème s. apr. J.-C..
  • 2012  : datation C14 par le laboratoire Radiocarbon de Poznan (Pologne) de deux prélèvements charbonneux, provenant d’une fosse et du four de tuilier n° 2 (publication des résultats à venir).

 L’évolution du site

Le sanctuaire antique

Les premiers bâtiments de ce sanctuaire sont aménagés au 1er siècle de notre ère, alors que de nombreux habitats ruraux s’implantent dans le secteur, comme nous l’indiquent les prospections menées sur l’ensemble du massif forestier de Tronçais.

 

Le temple 2 est sans doute le premier à voir le jour. C’est un édifice de type fanum, avec une cella carrée et sa galerie périphérique. L’édifice est protégé par un péribole de 40m de coté, doté d’un porche d’entrée à l’est.

 

Le temple 1, au nord, a dû être aménagé dans un deuxième temps, comme les murs de clôture qui l’entourent. Ce fanum présente sensiblement le même plan et la même orientation que son voisin. Mais on observe ici une seconde galerie périphérique, qui correspond peut-être à une première phase de construction.

 

Un troisième bâtiment se trouve à l’extérieur des limites de l’aire cultuelle, mais accolé à celles-ci. Cette construction, qui a livré un mobilier relativement abondant, semble correspondre à un habitat, comprenant au moins cinq pièces. Étroitement liée aux structures du sanctuaire, elle devait en être une annexe, aux multiples fonctions possibles (accueil, hébergement, préparations culinaires liés aux rituels, etc.).

L’atelier de tuilier du haut moyen-âge

Après son abandon (fin 3ème/ 4ème s. ?), le sanctuaire tombe en ruine. Ce sont ensuite des artisans tuiliers qui viendront réinvestir les lieux, en installant deux fours dans les vestiges du temple 1, aux 6ème/7ème s. On fabrique encore ici des tuiles à rebord de tradition romaine (tegulae, imbrices), sans doute destinées à un bâtiment important, à une période où ce mode de couverture était devenu assez rare.

 

Mais d’autres activités artisanales, notamment celle une forge identifiée contre le mur oriental de l’habitat (bâtiment 3a), pourraient aussi relever de réoccupations postérieures à l’abandon du lieu de culte.

 Pour en savoir plus

Sur la forêt de Tronçais en général

  • GANDINI C., F. DUMASY, L. LAÜT, Paysages économiques du territoire des Bituriges Cubes, approche comparée de trois modes d’occupation du sol, actes du IXème colloque AGER de Barcelone (25-27 mars 2010), presses universitaires de Méditerranée, à paraître.
  • Laüt L., Caractérisation des sites antiques dans les forêts du Berry et du Bourbonnais, in DUPOUEY J.-L., DAMBRINE E., DARDIGNAC C., GEORGES-LEROY M. (dir.), « La mémoire des forêts », actes du colloque « Archéologie, forêt et environnement », 14-16 décembre 2004, coédition ONF, INRA, DRAC Lorraine, 2007, p. 77-85.
  • DIEDHIOU A. ; J.L. DUPOUEY ; M. Buée ; E. DAMBRINE ; L. LAÜT ; J. GARBAYE, The functional structure of ectomycorrhizal communities in an oak forest in central France witnesses ancient Gallo-Roman farming practices, Soil Biology and Biocemistry, 42, 2010, p. 860-862.
  • DAMBRINE E., J.L. DUPOUEY, L. LAÜT, L. HUMBERT, M. THINON, T. BEAUFILS, H. Richard, Present forest biodiversity patterns in France related to former Roman agriculture, Ecology, 88, 2007, 1430–1439.
  • LAÜT L., Le paysage antique de la forêt de Tronçais, bilan des travaux d’Elie BERTRAND et des recherches récentes, Bulletin de la société des amis de la forêt de Tronçais, n° 49, 3ème trimestre 2004, p. 49-86.

Sur le site des Petits Jardins en particulier

  • LAÜT L., Premier bilan des recherches sur le sanctuaire des Petits Jardins à Isle-et-Bardais, en forêt domaniale de Tronçais (Allier), in De CAZANOVE O. et MÉNIEL l P. (dir.), « Etudier les lieux de culte de la Gaule romaine », éditions Monique Mergoil, Montagnac, 2012, p. 181-196.
  • LAÜT L., Le sanctuaire des Petits Jardins à Isle-et-Bardais, en forêt domaniale de Tronçais : résultats des fouilles menées depuis 2002, Tronçais, bulletin de la société des amis de la forêt de Tronçais », n° 56, juillet 2011, p. 37-61.
  • BESSON J., CABEZULEO U., DACKO M., FOURVEL A., GAIME S., LALLEMAND D., LAÜT L., MARTINEZ D., WITTMANN A., Aux racines de l’Allier, l’actualité des recherches, Archéologia n° 492, octobre 2011, p. 36-49 (présentation du site des Petits Jardins p. 47).
  • LAÜT L., Le site des Petits Jardins à Isle-et-Bardais (forêt domaniale de Tronçais, Allier), dans « Carnet de fouilles, l’actualité de l’archéologie dans l’Allier », catalogue de l’exposition du musée Anne de BEAUJEU à Moulins, 30 juin-8 janvier 2011, p. 82-87.

 

Voir également le document pdf de la plaquette Petits Jardins, en fin de page.

 Financements :

  • Ministère de la Culture et de la Communication (DRAC Auvergne).
  • Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
  • PCR-Berry (UMR 8546 ENS/CNRS).
  • Département de l’Allier.

 Aide logistique

  • Office National des Forêts (agence Berry-Bourbonnais).
  • Cercle archéologique de Montluçon et sa région.
  • Société des Amis de la forêt de Tronçais.