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MANDEURE, LE COMPLEXE MONUMENTAL AU HAUT-EMPIRE

LE THEATRE ANTIQUE ET SES ABORDS


Dernière modification : 7 septembre 2017

France
Doubs
Province de Germanie supérieure
Romain et tardo-antique

 Localisation et topographie du site

Le site antique d’Epomanduodurum, situé sur les communes actuelles de Mandeure et Mathay (Doubs), est une agglomération du territoire de la Séquanie. Le site s’étend sur environ 180 ha, répartis à l’intérieur d’un large méandre du Doubs et le long de cette rivière. Plusieurs secteurs ou quartiers peuvent être distingués, suivant leur fonction et leur organisation. Au sud-ouest de la boucle, on trouve un ensemble cultuel organisé par un axe monumental entre un temple et un théâtre. C’est à cet endroit qu’ont été mis en évidence deux points de franchissement du Doubs, un gué qui est situé à l’angle ouest du sanctuaire et un pont qui se place dans le prolongement d’une large voie coupant le méandre d’est en ouest, nommée voie du Rhin. Celle-ci constitue un des principaux axes structurants de cette vaste agglomération, organisée en ilots composés d’habitations, de boutiques, de thermes, etc. A l’est et à l’ouest, s’étendent les deux grands faubourgs de la ville romaine. Dans le premier, ont été identifiés des thermes publics et un probable temple ; dans le second situé, sur l’autre rive du Doubs, un quartier à fonctions artisanales.
 

 Le sanctuaire

Grâce aux prospections géophysiques menées entre 2004 et 2008, on sait désormais que le théâtre de Mandeure, exploré dès le XIXe siècle, n’est pas un édifice isolé, mais qu’il constitue un élément important dans l’équipement d’un vaste espace cultuel. Composé de plusieurs temples et de divers bâtiments secondaires, ce sanctuaire, qui se développe sur plus d’une vingtaine d’hectares, est délimité par un mur de péribole qui le sépare nettement de l’agglomération antique proprement dite. L’origine du sanctuaire remonte à l’époque gauloise (au moins au IIe siècle av. J.-C.). Les fouilles de la fin du XIXe siècle ont mis au jour plusieurs lots exceptionnels d’offrandes : colliers en pâte de verre, orfèvrerie en argent et en bronze, plusieurs trompettes de guerre (carnyx) ainsi que des enseignes militaires. De telles offrandes laissent supposer que le destinataire du sanctuaire était probablement un dieu guerrier. Le sanctuaire connaît, dès le règne de l’empereur Auguste (30 av. J.-C.–14 apr. J.-C.) et pendant tout le Haut-Empire, plusieurs phases de monumentalisations. C’est la dernière phase, celle qui correspond à l’époque sévérienne (192–235 apr. J.-C.), qui est actuellement la mieux connue.
 

Fig. 1
Fig. 1

Figure 1 : Evocation aquarellée du sanctuaire de Mandeure à l’époque romaine (© J.-Cl. GOLVIN)
 

 Recherches sur le théâtre

La fouille programmée est menée sur le théâtre de Mandeure, depuis 2001 par l’Université de Strasbourg et l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Strasbourg. Cette fouille est soutenue financièrement par l’Etat, la Région Bourgogne-Franche-Comté. Les projets de recherche sur le théâtre et le sanctuaire font par ailleurs l’objet de collaborations ponctuelles avec des collègues des universités de Lausanne, de Besançon, de Dijon, de Paris-Sorbonne.
Les fouilles programmées et les études spécialisées réalisées ces toutes dernières années ont été consacrées à la partie haute du théâtre. Scellés par les remblais de destruction du théâtre et par les déblais issus de la fouille de la cavea au début du XIXe siècle, les contextes découverts dans ce secteur permettent de restituer les chantiers de construction des deux dernières phases du théâtre. Ces deux phases restaient jusqu’ici très difficiles à dater faute de vestiges conservés. On sait désormais que c’est à la fin du Ier siècle et au début du IIe siècle que le plateau calcaire sur lequel s’appuie la cavea a été entamé sur plusieurs mètres vers l’est, afin de mettre en place les fondations d’une nouvelle cavea plus ample et plus haute, permettant ainsi d’augmenter considérablement la capacité d’accueil du théâtre, estimée à 17000 ou 18000 spectateurs. C’est ensuite au milieu du IIe siècle que les façades du théâtre ont été remaniées et ornées d’un décor d’arcades en grand appareil à demi-colonnes engagées et entablement corinthien.
 

Fig. 2
Fig. 2

Figure 2 : Relevé d’un élément de couronnement utilisé en remploi (cl. J.-Y. MARC)
 

Fig. 3
Fig. 3

Figure 3 : Vue aérienne des vestiges du théâtre et d’une partie des cuisines (cl. SIVAMM)
 

Figure 4 : Extrait du modèle restitué du théâtre (réalisation P. ASSALI)
 

 Les cuisines

Le programme de fouilles mené dans ce secteur a permis de préciser certaines des activités, qui avaient lieu au théâtre, grâce à la découverte d’un nouveau complexe édilitaire construit au pied du mur arrière de la cavea. Il se développe entre les deux principaux accès aménagé sur la façade est du théâtre. Il s’agit tout d’abord d’un puits monumental dont le cuvelage a été directement creusé dans le relief karstique jusqu’à une profondeur de 23 m. Son élévation se composait de quatre colonnes placées dans les angles qui soutenaient un toit à deux pans décoré d’une faîtière en pierre. Des cuisines publiques et un quadriportique, qui se développe sur 1300m2, ont été construits immédiatement au sud. Ce dernier semble correspondre à un vaste espace de rassemblement, dont les fonctions sont difficiles à établir pour le moment. Deux dépotoirs, dont l’un a fourni une grande quantité de céramiques pour le service du vin et l’autre plus de 60 kg de côtes de bœuf, semblent orienter vers des activités de types banquet. Ces données replacent le théâtre au centre d’une organisation liturgique, dans laquelle se succédaient les sacrifices, la pompa, les spectacles, les banquets.
 

Fig. 5
Fig. 5

Figure 5 : Cruches et gobelets découverts autour du puits (étude I. BENA, cl. P. DISDIER CNRS)
 

 Archéologie du sanctuaire

C’est l’étude du fonctionnement du sanctuaire dans son ensemble qui est en jeu : héritage gaulois et romanisation, destinataires du culte, dialogue monumental entre les différentes composantes, déroulement des processions et des cérémonies, organisation des rituels depuis le sacrifice jusqu’aux banquets, circuit de la viande, offrandes, désaffection du sanctuaire et christianisation.
 

 Recherches sur la décoration architecturale

Un axe important de la recherche sur le site est l’étude de la décoration architecturale très riche du sanctuaire (et du reste de l’agglomération). Ces travaux portent donc sur les ordres d’architecture des différents édifices et leurs composantes, c’est-à-dire sur le « design » de l’architecture monumentale. La qualité et la richesse des élévations constituent en effet un phénomène qui n’avait jusqu’alors, jamais été relevé, mais qui apparaît pourtant comme un trait distinctif de ce site. Les séries en calcaire ou en marbre blanc témoignent en effet du grand dynamisme de l’atelier et de son importance comme foyer d’innovation et de transmission des formes de l’architecture romaine dans l’est de la Gaule, dès le règne d’Auguste.
 

Fig. 6
Fig. 6

Fig. 6 : Chapiteau corinthien en marbre, découvert au XIXe siècle et attribué au temple principal du sanctuaire (archives du musée de Besançon)
 

 Valorisation et médiation

En plus des problématiques scientifiques et pédagogiques, le projet intègre une autre préoccupation importante : la poursuite des projets de valorisation, de médiation du théâtre et de ses abords menées en collaboration avec les Monuments Historiques, la Région Bourgogne-Franche-Comté et Pays de Montbéliard Agglomération, par le biais des restitutions architecturales et de la présentation des vestiges archéologiques.
 

Fig. 7
Fig. 7

Fig. 7 : Extrait du projet de valorisation des cuisines et sa réalisation en 2014 (projet I. PACCOUD, restauration ERIGE)

 

 Chantier-école

Un chantier-école accueille tous les ans entre 10 et 20 stagiaires-étudiants archéologues, français et étrangers, qui viennent se former aux techniques de terrain encadrés par des doctorants ou des professionnels (céramologue, archéozoologue, numismate, etc.) ou stagiaires architectes du Master Pro « Architecture et Archéologie » de Strasbourg.
Des étudiants plus avancés réalisent leurs mémoires ou leurs premières études spécialisées en archéologie ou en architecture.
 

 Mobilier

Instrumemtum : étude (C. BARBAU)
 

 Pour en savoir plus


Entités/institutions partenaires
CNRS-ENS-PSL (AOrOc, UMR 8546). Syndicat Intercommunal de Mandeure-Mathay, Région Bourgogne Franche-Comté, Pays de Montbéliard Agglomérations, Musée des Ducs de Wurtemberg de Montbéliard, UMR 7044 de l’Université de Strasbourg, Laboratoire de Chrono-écologie de l’Université de Besançon, Institut de Recherche en Architecture Antique du CNRS, Institut National en Sciences Appliquées de Strasbourg, École Nationale Supérieure d’Architecture de Strasbourg
 

Soutien financier  : État et Région Bourgogne-Franche-Comté
 

Bibliographie
BARBAU C., BLIN S., « Cultes et petits mobiliers dans le complexe monumental du théâtre de Mandeure (Doubs, Fr.) », dans Mobiliers et sanctuaires dans les provinces romaines occidentales (fin Ier s. av. - Ve s. ap. J.-C.) La place des productions manufacturées dans les espaces sacrés et dans les pratiques religieuses, Colloque Instrumentum du Mans, 2015, à paraître.
BENA I., « La découverte d’un dépôt de fondation du théâtre du sanctuaire de Mandeure (Franche-Comté) », SFECAG actes du colloque de Nyon, 2015.
BLIN S., BERSON F., IMBS, M., « Un exemplaire de peinture murale à Mandeure (Doubs) : les enduits peints des cuisines du sanctuaire », dans BOISLÈVE J., DARDENAY A., MONIER F. (éds.), Peintures murales et stucs d’époque romaine. Révéler l’architecture par l’étude du décor, Actes du XXVIe séminaire de l’AFPMA, 2014, p. 27-43.
BLIN S., CRAMATTE C., « Du sanctuaire civique à l’église paléochrétienne, les fouilles récentes de Mandeure (Séquanie) », dans VAN ANDRINGA W. (éd.), La fin des dieux, Gallia, 71-1, 2014, p. 51-64.
BLIN S., CRAMATTE C., BARRAL P., « Mandeure : du sanctuaire laténien à l’église paléochrétienne, dans Dechezlepretre T., Gruel K., Joly M., Agglomérations et sanctuaires ». Réflexions à partir de l’exemple de Grand. Actes du colloque de Grand, 20-23 octobre 2011, Grand, 2015, p. 387 à 404.
BLIN S., MARC J.-Y., « Le théâtre de Mandeure, relation et intégration au sanctuaire », dans HUFSCHMIDT Th. (éd.), Theaterbauten als Teil monumentaler Heiligtümer in den nordwestlichen Provinzen des Imperium Romanum, Forschungen in Augst, 2016.
COLLECTIF, Mandeure une ville antique sur le Doubs, archéologie en Franche-Comté n°2, Publication de la DRAC Franche-Comté, Service Régional de l’Archéologie, 2011, 68 p.
COLLECTIF, Mandeure : vie d’un sanctuaire, catalogue d’exposition Montbéliard, Musée du château des ducs de Wurtemberg 1er juin-14 octobre 2012, Montbéliard, 2012.
HUGUET L., « Les dépôts animaux des abords du théâtre romain de Mandeure-Mathay (Doubs) », dans Auxiette G. & Meniel P. (dir.), Les dépôts d’ossements animaux en France, de la fouille à l’interprétation, Actes de la table-ronde de Bibracte (15-17 octobre 2012), Montagnac, 2013 p. 87-102.
MARC J.-Y., « Théâtres et sanctuaires dans le monde romain : réflexions à partir de l’exemple de Mandeure », dans Dechezlepretre T., Gruel K., Joly M., Agglomérations et sanctuaires. Réflexions à partir de l’exemple de Grand. Actes du colloque de Grand, 20-23 octobre 2011, Grand, 2015, p. 281-296.
MARC J.-Y. & ROSSO E., « Une statue de culte du type Mars Ultor à Mandeure (Doubs) ? », dans ESTIENNE S., HUET V., LISSARAGUE F. & PROST F. (éds.), Figures de dieux. Construire le divin en image, Rennes, 2014, p. 119-150 et pl. 4-8.
 


Auteurs
Séverine BLIN, Chargée de recherche AOrOc-ENS UMR 8546
Jean-Yves MARC, Professeur d’Archéologie classique, UMR 7044-Archimède
Pierre MOUGIN, Archéologue territorial Mandeure-Mathay
Marjolaine IMBS, Architecte du patrimoine Strasbourg
Isaline PACCOUD, Architecte DPLG Lyon