Chargement
Veuillez patienter...

Archivage numérique des données primaires des fouilles de Levroux et de Bourges - PSL IOTA


Dernière modification : 7 septembre 2017

Dans le cas d’une fouille archéologique, qui détruit le témoignage, par définition unique, d’une activité humaine, l’enregistrement des données et leur ouverture aux chercheurs est déontologiquement indispensable. Au-delà des publications classiques, le support informatique peut assurer la conservation des données et aussi la possibilité de nouveaux raisonnements sur le mobilier, les plans, l’analyse statistique. Ce projet permet d’achever ce processus et de livrer ainsi à la communauté des archives ouvertes.

. Il s’appliquera à deux agglomérations artisanales de l’âge du Fer (Levroux, Indre, IIe s. av. J.-C., et Bourges, Cher, Ve s. av. J.-C.), fouillées de 1968 à 1993 et de 2003 à 2008. Ces sites sont devenus des références européennes grâce à la richesse et à la quantité des objets recueillis en contexte stratigraphique. Les publications sont en ligne. Ce projet mettrait à la disposition des doctorants l’ensemble de la documentation primaire. Les liens que nous prévoyons entre documents et images numérisés, leur référencement sur des cartes en ligne et les publications en feront un outil exceptionnel pour initier les étudiants à l’exploitation croisée de l’ensemble des archives.

Les sites de Levroux Les Arènes et de Bourges Port Sec, distants de 80 km, ont révélé deux agglomérations d’artisans, celle-ci du Ve s. avant J.-C., celle-là du IIe s. avant J.-C. Elles mettent toutes les deux en évidence deux phases d’urbanisation : à Bourges le quartier artisanal est associé à un complexe « princier » et à un réseau d’échanges qui s’étend jusqu’à la Grèce. A Levroux, l’agglomération des Arènes remplit les fonctions économiques d’une ville (artisanat métallurgique, importation d’amphores à vin romaines, fabrication de monnaies), même si elle est délaissée au Ier s. avant J.-C. pour la fondation d’une ville perchée et fortifiée (un « oppidum ») sur la colline voisine. (BUCHSENSCHUTZ et al., L’Europe celtique à l’âge du Fer (VIIIe-Ier siècle), PUF, Nouvelle Clio, 2015.

L’état de la documentation des deux sites est différent, dans la mesure où les programmes ont beaucoup évolué entre les deux périodes de recherche. De plus, l’expérience réalisée à Levroux d’un relevé tridimensionnel de tous les fragments d’objets s’étant révélée peu significative, on s’est contenté à Bourges d’enregistrer le mobilier globalement par unité stratigraphique. Les publications sur papier (6 volumes), disponibles depuis plusieurs années, rendent compte de l’inventaire original selon un classement qui correspond aux méthodes utilisées respectivement sur les deux fouilles. Nous avons donc toute liberté pour réaliser une nouvelle présentation dynamique et unifiée pour les deux sites.

La quantité de mobilier sur les deux sites est considérable, voici quelques chiffres.

  • 311 fosses remplies de mobilier détritique ont été fouillées à Levroux Les Arènes. Elles ont livré 11500 fragments de céramique identifiables et 93174 tessons. Les céramiques d’importation sur l’ensemble du site comptent 12962 tessons issus d’au moins 749 vases, essentiellement des amphores. Les 9170 fragments d’objets métalliques sont accompagnés de milliers de « chutes », et de 605 kg de scories. Les ossements, au nombre de 176000, on fait l’objet de trois thèses. Le terrain Rogier à lui seul en a livré 91000 dont 4 7000 ont pu être identifiés. 143 monnaies ont été analysées.
  • Dans le quartier artisanal de Port Sec à Bourges 12 hectares ont été fouillés. 246 fosses ont livré 187100 fragments d’objets ou ossements divers (40% de tessons de céramique, 57% d’ossements, 2% d’objets en alliage cuivreux et 1% d’objets en fer). Deux thèses sont issues des données recueillies sur ce gisement.
  • Nous essayerons de traiter aussi le terrain Charbonnier à Levroux (1,5 ha ; 430 structures ; 58 829 objets et fragments), qui n’a pas encore été publié.

 Orientation scientifique du projet PSL IOTA :

Les fouilles de Levroux et de Bourges ont été publiées peu de temps après leur achèvement : Levroux 1 (1988), 2 (1993), 3 (1994), 4 (1997), 5 (2000). Bourges Port Sec 2012, 2 volumes. Ces publications présentent non seulement les analyses scientifiques, mais aussi l’essentiel des inventaires et la description des vestiges (fosses et trous de poteau) et du mobilier archéologique. Il s’agit de profiter de la numérisation pour mettre à la disposition du public les données complétées : en effet il a fallu opérer des sélections dans les publications sur papier. D’autre part, plusieurs thèses et articles ont permis d’aller plus loin dans l’analyse et l’interprétation des données (identification des forges par les nouvelles méthodes d’analyse des scories, analyse isotopique des mâchoires de porc...).

 Analyse spatiale

L’analyse spatiale informatisée du contenu de 10 fosses à Levroux a démontré que leur contenu était de nature détritique. Elle n’a donc pas été poursuivie. Étendue pour les ossements à l’échelle deux terrains, l’analyse statistique et spatiale a révélé la localisation de différentes activités (découpe bouchère ou culinaire, artisanat, S. KRAUSZ ; l’analyse des scories a mis en évidence la présence de forges (M. BERRANGER).
A Bourges, le contenu des fosses a été relevé par Unités Stratigraphiques dans chaque fosse. Cette information ne s’est pas révélée pertinente, les fosses ayant été comblées dans presque tous les cas en une seule fois par des déchets. C’est donc l’analyse spatiale à l’échelle de l’ensemble du terrain qui est maintenant privilégiée. Il apparaît que le gisement juxtapose des unités de production/consommation, comprenant chacune des vestiges de fabrication artisanale et de vie domestique (ossements, céramique locale et importée). Aucune planification de cet habitat n’est perceptible, nous pouvons même suggérer une occupation saisonnière, comme on en connaît dans le monde scythe. En revanche, la présence dans chaque unité de quelques tessons de céramique importée marseillaise ou grecque pose la question du statut de ces artisans dans la société. Notre objectif est donc de mettre à la disposition du public non seulement les archives, mais aussi la possibilité d’interroger ces données en testant d’autres schémas interprétatifs.

L’organisation des archives devrait permettre en effet d’interroger la base de données de plusieurs façons :

  • Nature et contenu de la fosse x.
  • Inventaire des objets en métal, en céramique, des ossements de porc etc.
  • Outils d’analyse spatiale de la répartition des objets et des fosses sur le site à partir des fichiers shape.

La mise à disposition de ces bases de données pour tout public, et notamment les enseignants, permettra d’initier les étudiants en archéologie non seulement au traitement informatisé des données de fouilles, mais aussi à l’évolution des stratégies de collecte et d’interprétation des données. La comparaison entre les programmes utilisés (BDP4, conçu par l’Université de Paris 1 sur mini-ordinateur 1971, Centrar, conçu pour Levroux (G.-N. LAMBERT et M. CARTEREAU) et appliqué également à Bibracte (Micro-ordinateurs) 1982-1990, Arkéoplan (notre laboratoire AOrOc) 1989-2000, et enfin ArcGis), avec leurs qualités et leurs défauts, présente un intérêt à la fois pédagogique et historique. Nous espérons que l’analyse de ce bilan suscitera un regard critique sur le développement et les limites des programmes actuellement sur le marché.

L’association d’AOrOc à l’ED472 et au laboratoire CHArt portera sur l’exploitation pédagogique de cette masse complète d’archives, et sur sa structuration de deux sites essentiels de la recherche sur l’âge du Fer dans différents médias, liés entre eux. D’un point de vue historiographique, ces archives rendent aussi compte de l’évolution des supports de la recherche archéologique sur 40 ans depuis l’introduction des premiers ordinateurs et aussi de la progression des référentiels typo-chronologiques durant cette période qui couvre la carrière d’Olivier BUCHSENSCHUTZ.