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Construction des savoirs et des doctrines dans l’Antiquité


Dernière modification : 11 septembre 2017

 Présentation du thème

Cet axe de recherche s’attache à la construction des savoirs et des doctrines dans l’Antiquité. Par-delà la diversité des objets étudiés, ces recherches ont en commun de s’intéresser, dans des contextes historiques et sociaux précis, aussi bien aux processus d’émergence, de définition et de constitution de savoirs ou de champs disciplinaires nouveaux qu’aux modalités de la transmission, de la circulation et de la réception des savoirs constitués et des doctrines, dans une perspective diachronique large. Ces questions sont étudiées soit en croisant différents types de textes et de sources, dans une approche à la fois historique, anthropologique et épistémologique, soit en privilégiant un témoignage précis qui tient lieu d’observatoire, comme la Rhétorique d’Aristote, le livre X des Histoires de Tite-Live, le chant I des Astronomica de Manilius, le Commentaire au livre VII de l’Énéide de Virgile de Servius ou l’Évangile de Nicodème. Une attention particulière est portée aux questions d’échanges, de transferts, de traductions et de reformulations, soit dans le contexte de l’appropriation romaine de savoirs – savoirs sur l’animal, sur les plantes, savoir astrologique, tradition rhétorique, philologique et grammaticale – et de formes – genre historiographique, encyclopédies, commentaires, épitomés et abrégés – issus du monde grec, soit dans le contexte de la culture chrétienne et de l’entreprise doctrinale de formulation rationnelle des croyances des Églises des premiers siècles, une entreprise qui puise dans les concepts et les termes de la tradition classique tout en les renouvelant puissamment. Plusieurs séminaires, consacrés à des projets précis de traduction et de commentaire, permettent de fédérer les énergies, d’associer des chercheurs issus d’autres équipes et de participer à la formation des étudiants.

 Les maîtres de parole : théorie et pratique de l’éloquence

La première approche concerne la rhétorique grecque, envisagée dans ses dimensions théoriques et pratiques. Il s’agit tout d’abord d’étudier la théorisation progressive du savoir rhétorique, des premières codifications de la technè jusqu’à la Rhétorique à Alexandre et la Rhétorique d’Aristote, ainsi que ses rapports avec ces autres savoirs que sont la dialectique et la politique (Camille RAMBOURG). En parallèle, la pratique rhétorique est abordée par le biais de ses plus célèbres représentants des Ve-IVe siècles av. J.-C. (David-Artur DAIX, Camille RAMBOURG). Enfin, il faut s’interroger sur les évolutions de la pratique rhétorique à l’époque impériale, à l’aune des auteurs de la Seconde Sophistique, et sur les jugements qu’ils portent sur leurs illustres prédécesseurs (Émeline MARQUIS).

 Raconter et commenter : savoirs historiques, géographiques et mythographiques

Une partie des recherches de l’équipe porte sur l’histoire du genre historiographique et sur la construction du savoir historique à Rome. Mathilde LENCOU-BARÊME étudie ainsi la représentation de l’expansion romaine aux IVe et IIIe s. av. J.-C. chez Tite-Live et dans les sources augustéennes et impériales, en particulier Dion Cassius. Elle prépare également l’édition du livre X de l’Ab Vrbe condita pour la collection des Universités de France. Mathilde LENCOU-BARÊME et Jean TRINQUIER ont coordonné un volume collectif sur Quinte-Curce, L’histoire d’Alexandre selon Quinte-Curce, paru en 2014 (Paris, Armand Colin).
De plus, à travers l’étude des scholies du Servius, grammairien du IVe s. ap. J.-C., à l’Énéide de Virgile, ce sont les modalités de construction d’une certaine forme de savoir encyclopédique qui sont étudiées. Mathilde LENCOU-BARÊME, associée à Sylvia ESTIENNE (ANHIMA), traduit et commente ainsi les scholies au chant VII en vue d’une publication dans la collection des universités de France. Elle travaille plus largement sur l’érudition géographique et mythographique de Servius.

 L’étude des phénomènes : le cas de l’astrologie et des savoirs relatifs aux animaux

La réception du savoir astrologique à Rome est étudiée à travers les Astronomica de Manilius. Objet d’une attention particulièrement soutenue de la part de la philologie anglo-saxonne, depuis les travaux pionniers de Housman, et de la philologie italienne, les Astronomica de Manilius sont une œuvre insuffisamment exploitée dans le domaine français, faute d’une traduction française moderne et du fait aussi des difficultés posées par ce texte ardu. L’objectif du groupe de travail « Manilius », constitué autour de Jean TRINQUIER, est non seulement de produire et de publier une traduction du chant I des Astronomica, afin de faire plus largement connaître cette œuvre, mais aussi de l’étudier dans tous ces aspects, en la replaçant dans le contexte intellectuel, scientifique, politique et social du début du principat.
Les savoirs antiques sur l’animal constituent un autre centre d’intérêt de l’équipe. L’histoire de la construction et de la transmission de ces savoirs est associée à une perspective plus large d’histoire culturelle du monde animal, attentive aux pratiques comme aux constructions symboliques. Ces recherches se développent selon deux axes principaux : les animaux lointains et la circulation des exotica d’une part, les animaux anthropomorphes d’autre part. Dans le prolongement d’une journée d’étude consacrée à la notion d’objet de luxe dans les recherches d’histoire sociale et économique, qui s’est tenue à l’École normale le 10 novembre 2014, Jean TRINQUIER, Françoise GURY (AOrOc) et Pierre SCHNEIDER (HISOMA) préparent un colloque à venir sur l’histoire économique, sociale et culturelle des perles dans l’Antiquité. Quant à l’étude des discours et des représentations relatifs aux animaux anthropomorphes, conduite par Jean Trinquier, elle vise à mettre en évidence comment la proximité morphologique de certains animaux avec l’homme a été exploitée dans les discussions antiques sur le propre de l’homme et sur la frontière séparant ce dernier des animaux.

 Doctrines et modes de pensée de l’Antiquité tardive

Un dernier domaine de recherche est représenté par l’étude des doctrines et des modes de pensée de l’Antiquité chrétienne. L’équipe se consacre plus particulièrement à deux genres qui élaborent et transmettent les doctrines, le traité et le commentaire. Ces textes sont des pivots de la pensée tardo-antique en ce qu’ils sont à la fois un aboutissement dans la formulation des dogmes et la source des écrits médiévaux qui ne cessent de les reprendre et de les commenter.
La production littéraire et théologique d’Augustin d’Hippone fait l’objet d’une attention particulière. Pierre DESCOTES travaille ainsi à la publication d’un ouvrage sur le De gratia noui Testamenti, une lettre-traité d’Augustin rassemblant les éléments de sa pensée sur la grâce. Parallèlement, il reprend l’étude du corpus épistolaire d’Augustin, dans le but de préciser, sur le triple plan théologique, philosophique et politique, notre connaissance de la doctrine augustinienne. Il participe également au projet collectif, dirigé par Martine DULAEY (EPHE), de la publication dans la Bibliothèque augustinienne d’une édition et d’une traduction du commentaire augustinien du psaume 118.
L’équipe s’intéresse également à la riche postérité de ces doctrines chrétiennes antiques. Pierre DESCOTES travaille ainsi à la traduction, édition et commentaire de l’Augustinus de Jansenius (XVIIe s.), projet dirigé par Simon ICARD (CNRS, UMR 8584). Anne-Catherine BAUDOIN est quant à elle chargée, dans le cadre d’un projet collectif d’édition électronique coordonné par Martin MORARD et Giuseppe CONTICELLO (CNRS, UMR 8584), de l’identification des sources grecques de la Catena aurea de Thomas-d’Aquin, un texte largement diffusé dès la fin du XIIIe siècle et qui a contribué à assurer la connaissance dans l’Occident médiéval des auteurs chrétiens de langue grecque.
Ces textes doctrinaux sont l’expression organisée et autorisée de la parole des auteurs chrétiens. Notre connaissance des modes de pensée de l’Antiquité chrétienne est heureusement complétée par des productions narratives qui transmettent une parole tout aussi révélatrice mais non canonique, les apocryphes chrétiens. Ces textes, caractérisés par leur large diffusion sous des formes toujours mouvantes, sont un défi pour le chercheur : leur évolution selon les lieux et les temps nécessite une approche à la fois prudente et audacieuse. Dans le cadre d’un projet collectif, dirigé par Jean-Daniel DUBOIS (EPHE), d’édition des Actes apocryphes de Pilate, connus aussi sous le nom d’Évangile de Nicodème, Anne-Catherine BAUDOIN travaille à l’édition princeps, sur la base de dix-huit manuscrits, d’une des formes latines du texte ; il s’agit aussi de montrer les liens avec les différentes versions grecques dont cette forme peut être la traduction ainsi qu’avec les autres formes latines, et de contribuer ainsi à une meilleure connaissance des modes de pensée de l’Antiquité chrétienne. Anne-Catherine BAUDOIN prépare en même temps la publication d’un ouvrage de synthèse sur la figure de Pilate chez les auteurs chrétiens, une figure qui permet de mettre en lumière l’attitude de ces auteurs à la fois face au pouvoir et face aux Juifs, deux enjeux majeurs de l’élaboration de l’identité chrétienne.

 Personnes engagées dans ce thème de recherches

Anne-Catherine BAUDOIN, David-Artur DAIX, Pierre DESCOTES, Mathilde LENCOU-BARÊME, Émeline MARQUIS, Camille RAMBOURG, Jean TRINQUIER