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Dernière modification : 15 octobre 2012
Il convient de s’interroger sur les stratégies de transfert ou non de savoirs et de savoir-faire. En dépassant les simples échanges de biens manufacturés, les relations inter-communautaires traduisent la nécessité de communiquer (parler/traduire/interpréter ; polyglottes) et d’échanger des savoirs qui sont reçus, acceptés et adaptés aux nécessités locales, avant d’être de nouveau diffusés.
Les impulsions culturelles portées par les Grecs et les Puniques à partir du début du premier millénaire avant notre ère, puis par les Etrusques et enfin les Romains, ne se sont certainement pas limitées au simple transfert de biens manufacturés : elles ont eu des répercussions importantes dans le mode de vie des communautés périphériques. C’est dans le domaine de l’expression plastique et de l’écrit que cet influx fut le plus spectaculaire et on ne saurait nier l’importance du symposium et des rites de sociabilisation liés à la consommation de vin et à l’adoption du banquet couché. Se répandent également sur le pourtour méditerranéen de nouvelles techniques de construction fondées sur l’emploi de la pierre et de la terre-cuite pour la couverture et l’ornement des édifices, à l’usage systématique des enduits de chaux peints ou stuqués pour le revêtement intérieur et extérieur des édifices. La maîtrise de l’eau, drainée, canalisée, acheminée et abondamment distribuée, constitue une révolution pour la maîtrise et l’exploitation du territoire et l’implantation de villes dans l’Orient hellénisé, en Etrurie et dans le monde romain.
Le développement rapide de l’usage de l’écriture dans l’Italie préromaine (Etrusques et Latins, mais aussi les peuples sabelliques, Vestins et Péligniens, ou encore les Vénètes et les « Celtes » de Golasecca) est notable. Empruntée aux Grecs, elle se diffuse à partir de la fin du VIIIe s. av. J.-C. et joue un rôle important comme vecteur d’échange et d’information.
La communication s’étend aux croyances et aux récits légendaires qui les accompagnent et les explicitent. La réception des mythes grecs dans le domaine étrusco-italique et romain en est un bon exemple (certains peu usités en Grèce même connaissent un fort succès en Etrurie aux IV-IIIe s. av. J.-C. ; réappropriation ou réinterprétation de certains épisodes mythiques à Rome avec la légende troyenne ; volonté d’exposer une idéologie religieuse, un discours eschatologique ou étiologique par le choix de certains mythes).
Elle s’étend également aux expressions plastiques qui donnent forme à ces récits. Les frises figurées ou certaines compositions à caractère symbolique, se lisent comme des textes, même si les séquences iconiques et les récits qui les inspirent procèdent fort différemment. Ces deux langages révèlent, à travers la diversité de leurs modalités d’expression, des discours conciliables qui se complètent sans jamais être identiques. Sans le recours aux sources littéraires, sans les études anthropologiques et philosophiques sur les rites et croyances antiques, le fonctionnement de certains schémas ou de certains objets demeurerait hors d’atteinte.
On s’intéressera aux productions artistiques en tant que mode de représentation collective (influence orientalisante dans l’iconographie étrusco-italique du VIIe s. et ses prolongements dans l’art des situles des VIe-IVe s. et l’art celtique laténien). La nature des supports, fixes (décors architecturaux, etc.) ou mobiles (vases, miroirs, armes, parure, harnachement, sarcophages) a aussi son importance. C’est à l’univers guerriers et aux montures que se réfère la majeure partie des productions artistiques des peuples nomades (monde des steppes) ou sédentaires ruraux (Celtes). Les uns comme les autres empruntent librement au répertoire classique (grec, proche-oriental, achéménide) des thèmes et des motifs qu’ils sélectionnent et adaptent à leur imaginaire. Ils ne prennent que ce qui leur parle.
Dans le monde romain, les espaces construits, rupestres, privés ou publics, laïcs ou religieux, traduisent des solutions spécifiques aux problèmes posés par des environnements très divers, tant physiques que culturels : adaptation de l’arc, de la voûte, aménagement des espaces souterrains. La circulation de la technè, ensemble de procédés pragmatiques et artisanaux, produit, d’un bout de l’Empire à l’autre, des solutions toujours reconnaissables sans être identiques ; et la mètis amène, tant les Romains que les peuples conquis, à se couler dans un même moule toutefois non dénué de variantes.
L’étude du phénomène monétaire, particulièrement complexe, relève autant de l’univers symbolique et de la propagande politique que de l’économique stricto sensu. Ne seront retenus que les deux premiers points, la dimension économique participant d’un autre axe de recherche. La figuration des divinités sur les monnaies, les offrandes aux temples, les innombrables représentations des haut-faits des dieux, demi-dieux, héros locaux contribuent à la popularisation des mythes et du patrimoine culturel. Enfin, la fonction politique est bien connue : aucun vecteur ne peut aussi facilement populariser les traits des glorieux ancêtres, tout autant que les traits des souverains ou empereurs (mondes hellénistiques et romains). Le choix des prototypes souvent étrangers montrent les références et apportent un vernis de respectabilité indispensable à l’acceptation de l’outil monétaire par les populations appelées à l’utiliser (Etrusques et Celtes).
Image culturelle des animaux, Jean Trinquier L’art du Gandhâra, O. Bopearachchi et J. Pons
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