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Allonnes (Sarthe)


Dernière modification : 7 septembre 2017

Depuis 1994, notre UMR coordonne d’importants travaux de recherche sur le site d’Allonnes en Sarthe : prospections sur la commune et fouilles du sanctuaire de Mars Mullo (IVe s. av. J.-C. - IVe s. ap. J.-C. La maîtrise d’œuvre est assurée par la Délégation Paris B du CNRS avec des financements de la DRAC des Pays de la Loire, du conseil Général de la Sarthe, du Mans Métropole (propriétaire du site), de la ville d’Allonnes et de l’UMR 8546 CNRS-ENS.
La fouille est dirigée par K. GRUEL, titulaire de l’autorisation de fouille et V. BROUQUIER-REDDÉ, assistées par V. BERNOLLIN. Plusieurs chercheurs et ingénieurs de l’UMR se sont investis sur ce site : C. ALLAG, C. BAILLY, F. BÉRARD, P. DELANGLE, G. DEPEYROT, F. GURY, T. LEJARS, F. MONIER, F. ORY, F. PAYRE. D’autres, toujours associés au laboratoire, y ont consacré partie ou totalité de leur thèse : S. CORMIER, A. COUTELAS, C. LOISEAU.
Enfin, G. GUILLER a effectué une bonne part des diagnostics sur la ville d’Allonnes dans le cadre de l’INRAP.
Dans le cadre de l’ANR CELTECOPHYS, coordonné par K. GRUEL, M. DABAS (Géocarta) et A. TABBAGH (UMR Sisyphe) sont intervenus à nos côtés pour des prospections sur le site et sur la commune. Le CAPRA participe aux travaux de terrain et assure la valorisation de l’archéologie sur Allonnes.

 

Ce site a joué un rôle important ces quinze dernières années dans la formation de terrain des élèves normaliens, des étudiants de l’Université du Maine, de l’Université de Tours sans exclure ceux d’autres Universités (Bordeaux, Nantes, Paris, Amiens, Lille…).

 Le contexte archéologique

Localisation du site archéologique d’Allonnes
Localisation du site archéologique d’Allonnes

Le sanctuaire de Mars-Mullo, sur le site de la Forêterie ou Tour-aux-Fées, classé monument historique en 1961, est placé au nord-est de l’agglomération antique d’Allonnes (Sarthe). Il occupe un promontoire - la butte des Fondues - sur la rive droite de la Sarthe, en aval du confluent de l’Huisne, en face de la butte du Vieux-Mans, dominée actuellement par la cathédrale. En contrebas, à l’Est, le gué de Chaoué permet de relier Allonnes au Mans. Au Sud-ouest, un second sanctuaire romain fonctionne entre le IIe et IIIe s. ap. J.-C. Une nécropole a fait l’objet d’une fouille par l’INRAP, Des prospections géophysiques (ANR CETECOPHYS) ont révélé plusieurs enclos et précisé les limites de la ville romaine à l’Est.
D’imposants thermes publiques romains sont attestés rue Pasteur. Le quartier d’Argenton recèle plusieurs puits romains. Les fouilles préventives récentes, à Allonnes, à proximité du site sur la ZAC du Monné, par l’INRAP, renouvellent nos connaissances sur l’âge du Fer tandis que celles menées sur la place du Mail, par ArchéoLoire, a mis partiellement au jour un grand bâtiment public de près de 700m², jalon important entre les thermes de la rue Pasteur et le sanctuaire de Mars Mullo. Tout ceci atteste de l’occupation du site dès la période gauloise et de l’existence d’une importante agglomération à l’époque romaine sur Allonnes. Cela pose à nouveau le problème de son statut par rapport à Vindinum, la civitas toute proche (5 km).

 

( vidéo 1)

 

Reconstitution 3D du sanctuaire d’Allonnes
Reconstitution 3D du sanctuaire d’Allonnes

Près de 200 ans de recherches sur le territoire de la commune allonnaise ont mis en évidence l’existence de nombreuses structures anciennes. Les travaux des érudits locaux, de l’Université du Maine, de l’équipe CNRS de l’Ecole Normale Supérieure de Paris mais aussi ceux des associations telles que le Centre Allonnais de Prospection et de Recherches Archéologiques ou le Groupe Sarthois de Recherches Archéologiques, permettent d’appréhender l’emprise de l’agglomération antique d’Allonnes.
Le sanctuaire de Mars Mullo sur le site de la Tour-aux-Fées, implanté sur un sanctuaire celtique dès le 3e s. av. J.-C., est sans doute à l’origine de la ville d’Allonnes.
Le sanctuaire des Perrières : Le temple, de style corinthien et de forme quadrangulaire sur podium, est constitué d’une cella de 14,20 m de côté, entourée d’une galerie large de 4 m précédée d’un pronaos à l’est. Il est centré dans une vaste cour de 76 à 79 m de côté, limité par un mur. On y honorait un dieu guérisseur, peut-être Minerve et les Fatae. J. Biarne évoque une construction initiée sous Tibère ou Claude et achevée sous Néron. L’abandon du sanctuaire se situerait à la fin du IIe siècle ap. J.-C. ou au IIIe siècle ap. J.-C.

 

Les thermes Pasteur

Restitution 3D des thermes Pasteur à Allonnes
Restitution 3D des thermes Pasteur à Allonnes

Ces thermes ont fait l’objet d’une fouille importante, en 1840-1843, financée par la Conseil Général de la Sarthe. En 1962, une grande partie des thermes est détruite lors de la construction d’un lotissement. Il s’agit de bains publics romains avec au centre la palestre, grande aire dallée où se pratiquent les exercices physiques, et une grande piscine de 12 x 7 m, flanqués de deux ailes symétriques proposant une même succession de salles : une entrée, une grande pièce froide, le frigidarium, suivie de trois salles sur hypocauste, chauffées par air chaud dans le sol et les murs. La salle la plus éloignée du foyer, le tepidarium, est suivie d’une étuve sèche chauffée par un praefurnium (ou foyer latéral) qui débouche sur une étuve humide, le caldarium, pièce la plus chaude, en contact immédiat avec le foyer principal. Cet ensemble thermal serait datable du Ier siècle ap. J.-C .

 

Au Champ d’Argenton

 
40 fosses et 30 puits, dont quelques uns seulement ont pu être étudiés. Parementés en pierres non taillées, liées par de l’argile sur 2,50 m à 3,75 m selon les cas, les puits se terminent sous le niveau de la nappe phréatique, sauf exception, par un cuvelage en bois assemblé par tenons et mortaises. Datés par leur comblement de la fin du IIe ou du début du IIIe siècle ap. J.-C., ces puits ont une fonction qui reste à préciser, même si l’hypothèse de puits à eau réutilisés comme dépotoir paraît la plus vraisemblable. A proximité immédiate de ces vestiges, des bâtiments de petite taille souvent maçonnés, ont été repérés. Faut-il y voir le reliquat d’habitats ou d’artisanats ?

 

Le Champ du Marin

C’est également une zone archéologique riche : puits, fosses, fossé, amas de pierres et d’un mobilier riche et varié, avec une occupation similaire à Argenton.

 

Allonnes recèle de nombreux autres sites plus ou moins bien connus. Du Ier au IVe siècle ap. J.-C., Allonnes évolue parallèlement au Mans, la capitale de la cité des Aulerques Cenomans. La nécropole et les structures fouillées par l’INRAP sur la ZAC du Money et les prospections réalisées à la Buissonière permettre de définir la taille de la ville romaine.
Les grands monuments comme les thermes, les sanctuaires des Perrières et de La Forêterie et maintenant le bâtiment public du Mail montrent la richesse et la vitalité de l’agglomération antique d’Allonnes.

 

Consulter aussi le site du CAPRA, association-capra.com

 

 Le sanctuaire de Mars Mullo

Détails de reconstitution 3D du sanctuaire d’Allonnes
Détails de reconstitution 3D du sanctuaire d’Allonnes

Alors que l’on s’interrogeait dans les années 1990 sur l’intérêt de reprendre des fouilles sur le site de la Forêterie, après les importantes fouilles de P. Térouanne qui avaient donné les grandes lignes du dernier état du sanctuaire et fourni un mobilier important en particulier épigraphique et monétaire, le bilan de ce second cycle de 15 ans de fouilles est très conséquent.
Huit siècles de fonctionnement des sanctuaires ont entraîné bien des remaniements, des reconstructions, agrandissements et embellissements successifs.
C’est bien sûr le dernier état du sanctuaire qui est le mieux conservé même si le site a servi de carrière de pierres depuis sa fermeture au milieu du IV e s. ap. J .-C. Les données de nos fouilles ont permis de préciser le plan, de comprendre les schémas de construction, d’analyser l’ensemble du mobilier de construction (lapidaire, enduits peints, métal) et donc de proposer une restitution beaucoup plus fine du temple, de son décor et des circulations.

 

(video 2)

 

Il s’agit d’un temple à podium rectangulaire hexastyle, de type corinthien, à cella circulaire. Nous disposons d’éléments suffisants pour reconstituer l’ensemble du grand appareil et la conservation d’un bloc trapézoïdal orné d’un décor de casque, laisse penser que le niveau supérieure de la cella dépassait du toit et était décoré du frise de casques (édifice 3).

 

(Image chapiteau corinthien, bloc au casque, plan restitué du dernier état, coupe de la structure)

 

Le temple, orienté à l’Est, s’intégrait dans une grande cour de 80m de côtés bordée de portiques, sur lesquels s’ouvraient de manière symétrique des salles en exèdre. A l’Est, le portique est doublé sur toute sa longueur et flanqué de deux bastions d’angle.
D’importants travaux de terrassement ont été nécessaires à la construction de ce vaste sanctuaire à quadriportique. Placé à flanc de colline, la mise en place de la cour a entraîné l’apport de terres nécessaire au comblement de l’espace compris entre le temple et le portique nord et l’arasement des vestiges antérieurs dans la partie sud.
Le niveau supérieur de ce comblement est constitué d’argile pratiquement stérile qui clôt hermétiquement les couches antérieures, fournissant ainsi deux contextes parfaitement distincts séparés par la mise en place de cette cour. C’est un point essentiel pour préciser la typo-chronologie des céramiques régionales. La datation de la céramique de La Bosse a été affinée à partir des données stratigraphiques du site d’Allonnes. Les datations des inscriptions ont été précisées à partir des données de terrain.
L’importance de cet espace sous la cour nord a permis la conservation très exceptionnelle des chantiers de construction du dernier état. Au Nord-est de l’escalier du temple (édifice 3), un atelier de paléomanufacture des métaux avec plusieurs foyers (édifice 6,1) a été installé temporairement sur le chantier lapidaire remblayé. Après quelques transformations (fermeture de foyers et pose d’un nouveau plancher) pour permettre aussi le travail de la pierre, l’édifice 6,2 fut complètement démonté. Plusieurs fosses ou aires de rejet de cet atelier attestent de la diversité des activités artisanales. Une aire de travail est liée à la construction du mur du stylobate du portique ouest. Une autre aire, située au nord du péribole, est liée à celle du portique nord.
Les cheminements marqués par de profondes ornières se multiplient au rythme des besoins de la construction. Certains longent le côté nord du temple et le contournent vers l’est pour atteindre le chantier du portique sud. Ils reprennent partiellement les cheminements tracés lors du démontage des édifices antérieurs. Ces travaux ont fortement impacté les niveaux antérieurs (démolitions, tassement des couches, déplacements de terres…).
Pourtant, même s’il est difficile de tracer le plan complet du sanctuaire du Ier s. av. J.C. et encore plus les états antérieurs construits en bois, les fouille montrent que ce sanctuaire flavien a succédé à un sanctuaire prospère à l’époque tibérienne et enrichi par les dons des évergètes locaux.
Nous avons pu mettre en évidence les structures périphériques au sanctuaire et d’améliorer notre connaissance du contexte d’implantation du monument.
Les vestiges protohistoriques (palissades, trous de poteau, édifices circulaires) restent très fragmentaires et nous empêchent de restituer une organisation claire de cette occupation ancienne d’autant plus que nous avons travaillé sur à peine un quart du site. Cependant, la richesse du mobilier métallique gaulois en fait un site important à La Tène C et à la Tène D. La diversité des monnaies montre que la fréquentation du sanctuaire dépasse largement la sphère régionale et fait de ce sanctuaire un des principaux monuments de la cité des Aulerques Cénomans.