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Ex oriente Luxuria (I). Comment définir l’objet de luxe ?


Dernière modification : 8 septembre 2017

Lundi 10 novembre 2014, École normale supérieure, 29, rue d’Ulm (ex. C.n.d.p.), 75005 Paris

Introduction : comment définir l’objet de luxe ?

« L’Europe l’emporte aussi (sc. sur la Libye et l’Asie) en ce qu’elle tire de son sol les produits les meilleurs, ceux-là mêmes qui sont nécessaires à la vie, ainsi que tous les minerais utiles. Certes, elle va chercher à l’extérieur les parfums et les pierres précieuses ; mais la vie de ceux qui en sont privés n’est en rien pire que celle de ceux qui en regorgent. » (Strabon, 2, 5, 26)
Au moment où Strabon écrivait ces lignes, l’Égypte avait été annexée à l’imperium depuis longtemps. Il avait observé lui-même, admiratif de l’efficacité de l’administration romaine, l’essor du trafic commercial vers les pays de l’océan Indien. Cette réflexion sur la superfluité des parfums et des gemmes paraît donc très théorique. Au reste, nombre de Méditerranéens ne semblaient guère disposés à se contenter des seuls biens nécessaires et utiles. On ne saurait se passer aisément des « commodités » de l’Arabie, de l’Inde ou de l’Afrique orientale, ainsi que le proclame Ovide : « Que le passé en réjouisse d’autres ; pour moi, je suis heureux d’être né maintenant. Cette époque me convient (…) parce que l’élégance est en honneur et que cette simplicité qui a survécu à nos aïeux du passé n’est pas parvenue jusqu’à nous. » (Ars amat. 118-125).
Le « commerce oriental » de Rome, activement entretenu par la demande méditerranéenne, a suscité de nombreuses recherches et plusieurs monographies. Ces dernières années ont vu une accélération des productions universitaires : à la monumentale contribution de M. RASCHKE (« New Sudies in Roman Commerce with the East », in H. TEMPORINI and W. HAASE (eds.), ANRW II.9.2. Berlin, 1980, 604–1378) ont succédé, par exemple, l’étude de G. K. YOUNG (Rome’s Eastern Trade. International Commerce and Imperial Policy. 31 BC – AD 305, Londres, 2001) ou celle de R. McLAUGHLIN, Rome and the Distant East : Trade Routes to the Ancient Lands of Arabia, India and China, Londres, 2010). La multiplication des articles universitaires, l’apport d’une documentation inédite (en particulier archéologique) et, dans le sillage des recherches sur la « globalisation », un intérêt certain pour le commerce à longue distance de l’antiquité expliquent ce renouvellement de la bibliographie.
Il manque toutefois aux recherches actuelles des études spécifiques sur les produits circulant des différentes parties de l’océan Indien vers la Méditerranée. Certes, il en existe – peu nombreuses – sur les aromates en général, et sur certains d’entre eux en particulier (l’encens et la myrrhe, le cinnamome et la casse). Exception faite de ces travaux, il n’y a pas d’examen systématique des biens transportés vers le monde méditerranéen (gemmes, écaille de tortue, poivre, tissus …). La série de journées d’études thématiques « Ex oriente luxuria » se focalisera sur un certain nombre de ces productions particulières. Elle a pour ambition de dresser l’état des connaissances à leur sujet, en réunissant des compétences diverses : archéologues, historiens, philologues, experts (gemmologues, botanistes …) ; elle vise aussi à confronter les points de vue en sollicitant les spécialistes d’autres sources et d’autres périodes (Proche et Moyen Orient ancien, Islam médiéval, sources portugaises, indiennes etc.). La perle de l’océan Indien sera, en 2015, l’objet de notre première réunion.
Comme cela transparaît dans l’intitulé de ces journées d’études à venir, les productions de l’océan Indien sont frappées du sceau « objet de luxe ». Les sources antiques, particulièrement les textes littéraires latins des 1er- 2e siècles p.C., ont lourdement pesé dans une telle qualification, laquelle fait encore largement sentir sa présence dans les recherches contemporaines : il est courant, dans les études spécialisées, que les produits « érythréens » soient classés a priori et sans discussion dans la catégorie « produit de luxe » : le concept est donné comme acquis et univoque.
On perçoit cependant, dans les plus récentes synthèses, une certaine hésitation à user systématiquement des termes « produits de luxe » et « commerce de luxe ». Les amorces de discussion s’appuient sur les critères de l’usage et du prix (par ex. Young, op. cit.), mais ceux-ci ne semblent pas décisifs. Ainsi, un objet cesse-t-il d’être luxueux dès lors que son prix le rend accessible ? En effet, Pline l’Ancien a beau dire que les « femmes pauvres » achètent des perles, il n’en reste pas moins que cet objet est un représentant emblématique de la luxuria romaine. D’ailleurs, en écrivant que les perles annoncent sur la voie publique ces femmes, comme le feraient les licteurs pour les hommes, Pline n’est-il pas en train de dire que la définition de l’objet de luxe est autant sociologique qu’économique ?
Il nous a semblé fondamental de clarifier ce point avant de nous pencher sur les produits eux-mêmes : peut-on formuler un certain nombre de critères, économiques, sociologiques, voire anthropologiques, propres à définir convenablement l’objet de luxe, qu’il soit originaire ou non de l’océan Indien ? Tel est l’objet de l’atelier de travail du 10 novembre. Les présentations, courtes, laisseront la place aux échanges et discussions ; archéologues, historiens, spécialistes des textes confronteront leurs points de vue. La synthèse de ces échanges sera rédigée par nous-mêmes et rapidement rendue
disponible « en ligne ».

Jean TRINQUIER – Pierre SCHNEIDER

  • Programme de la journée :

10 h. – accueil.

10 h.15 – 10 h.45 - Jean TRINQUIER et Pierre SCHNEIDER : introduction.

11 h. – 11 h.20 – Eva DUBOIS-PÉLERIN : « Une approche de l’objet « luxueux » au 1er s. ap. J.-C. : confrontation des sources littéraires et des données archéologiques ».

11 h.40 – 12 h. – Charlène BOUCHAUD : « Importation vs introduction des produits végétaux. Regards archéobotaniques sur les notions de « luxe » et d’« exotisme » ».

12 h.30Déjeuner

14 h. – 14 h.20 – Renaud ROBERT : « Pourquoi la peinture peut-elle être un objet de luxe ? »

14 h.40 – 15 h. – Laëtitia GRASLIN : « Produits de luxe dans les sources écrites mésopotamiennes au premier millénaire av. J.-C. ».

15 h.20 – 15 h.40 – Stéphane VERGER : « Propriété individuelle et propriété collective des biens de luxe ».

16 h. – 16 h.20 (sous réserve de disponibilité) - Stavros LAZARIS : « Usage de l’or dans les mosaïques byzantines ».

Chaque présentation orale sera suivie d’un temps de discussion.
Participeront aux discussions : Jean ANDREAU, Françoise GURY et Agnès ROUVERET.


Organismes partenaires :

AOROC - UMR8546-CNRS/ENS

Post-scriptum :

journée d’étude Ex oriente Luxuria lundi 10 novembre 2014
journée d’étude Ex oriente Luxuria lundi 10 novembre 2014