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Conférences : 8e journée de protohistoire Celtique de l’ENS - Paris

par K. Gruel, T. Lejars et O. Buchsenschutz


Dernière modification : 17 novembre 2016

Journée d’études organisée par Katherine Gruel, Thierry Lejars et Olivier Buchsenschutz de l’équipe « Celtes et Etrusques » d’AOrOc, avec la participation du Labex TransferS et en préfiguration du master PISA de PSL. Vidéos réalisées par T. Crognier.
Le 07 juin 2013, amphithéâtre Guillaume Budé du Collège de France.

 

Thème de cette journée : Établissements à vocation artisanale et réseaux d’échanges en Europe celtique entre Hallstatt et La Tène (VIe et Ve s. av. J.-C.).

Cette journée vient en clôture du séminaire de protohistoire celtique 2012-2013

  Dr. K. Gruel, Dr T. Lejars


Directeurs de recherche au CNRS, AOROC
Etablissements à vocation artisanale et réseaux d’échanges en Europe celtique entre Hallstatt et la Tène (VIe et Ve s. av. J.-C.), Introduction .

 
 
La mise au jour à partir des années 1990 d’établissements ouverts à caractères artisanaux, de grande ampleur comme à Bourges, ou encore se signalant par la densité et la quantité des vestiges comme à Bragny-sur-Saône, ou d’apparence plus modeste comme à Sévaz/Tudinge en Suisse, ancrés dans le Hallstatt finissant et se développant pendant une bonne part de La Tène A (soit la fin du VIe s. et le Ve s., voire le début du IVe s.) a conduit à une critique du modèle des Résidences princières, élaboré à partir des établissements aristocratiques du domaine hallstattien occidental.

Le domaine nord-alpin est alors divisé en une série de petites principautés contrôlées par des potentats locaux, qui assurent l’acheminement de produits de luxe et de denrées exotiques, et leur distribution au sein d’un milieu aristocratique plus ou moins strictement dépendant d’eux.

  • Chr. Pare (1990) établit une distinction entre des sites de consommation au nord (Vix, La Heuneburg) avec leurs riches et monumentales sépultures et des ensembles davantage tournés vers la production et les échanges commerciaux comme Bragny, où l’on voit une sorte d’emporion fluvial.
  • J. Gran-Aymerich propose dans ces mêmes années de reconnaître dans Bourges une de ces Résidences princières, la plus occidentale, en raison de la présence d’importations méditerranéennes dans l’habitat et les tombes trouvées en périphérie.

Cette partition entre centres de consommation et centres de production est loin d’être évidente, d’autant que les fouilles récentes conduites à La Heuneburg et à Bourges ont révélé l’existence, à côté de la citadelle, d’une ville basse, dans un cas vaste de près de 100 ha avec des traces d’activités artisanales spécialisées diffuses sur l’ensemble du site, ainsi qu’une densité forte d’installations agricoles dans un rayon de 5km autour de l’agglomération, et dans l’autre d’amples quartiers périphériques tournés vers la production de biens métalliques. Ces agglomérations conçues comme des centres de productions, d’échanges culturels et de pouvoir sont désormais fréquemment qualifiées de « ville », un terme qui jusque là était réservé aux grands oppida de La Tène finale.

Cette organisation centralisée et fortement hiérarchisée disparaît à l’aube du Ve s. (telles La Heuneburg ou Vix). A contrario, les domaines agricoles isolés, tenus par une riche noblesse foncière, semblent se multiplier dans l’ensemble du domaine nord-alpin, et plus particulièrement dans sa partie occidentale. Ils sont connus avant tout par des monuments funéraires imposants dispersés dans la campagne (Bouranton, Estissac, Gurgy, Bourges), mais aussi par des habitats isolés dans lesquels se multiplient les structures de stockage des productions agricoles.

De la même manière, la fin des Résidences princières n’entraîne pas non plus l’interruption des échanges qu’entretenaient les élites hallstattiennes avec les centres étrusques et grecs d’Italie et du midi de la France. Bien au contraire, c’est dans la première moitié du Ve siècle avant J.-C. que commencent à se développer, le long des grands axes fluviaux, des comptoirs où affluent les produits méridionaux. Ils accueillent des installations métallurgiques et d’autres ateliers spécialisés dans la production de biens divers (céramique, fibules, instruments de toilette, couteaux, etc.).
Dans les territoires situés plus au nord ou à l’ouest, ces changements ne sont guère perceptibles et l’on suit l’évolution in situ de résidences aristocratiques, sorte de château comme à Paule et Inguiniel, qui voient le jour au VIe s. et se développent sans interruption jusqu’à la romanisation,
Si le Ve s. se présente comme une période charnière en Europe tempérée, les modifications qui interviennent dans la réorganisation des réseaux et entités politiques, habitats et sépultures n’en révèlent pas moins une société riche, en pleine mutation. Ce dynamisme est perceptible dans l’évolution de certains habitats qui produisent, stockent et redistribuent, mais aussi dans la circulation de biens provenant des confins méridionaux, ou encore certaines modes comme l’incinération en urnes métalliques. Il est également perceptible dans le renouveau artistique qui caractérise le nouvel art laténien. Si les artisans puisent dans le répertoire ornemental grec et étrusque, dont ils ont connaissance à travers les objets importés, le nouveau langage graphique peuplé de monstres et de motifs floraux stylisés inspirés de la palmette ou de la fleur de lotus n’en demeure pas moins profondément original. Cet art qui a parfois été qualifié d’art de cour demeure incontestablement lié à l’élite aristocratique. Les compositions les plus complexes ornent les vases métalliques, les armes les plus prestigieuses, les harnais de chevaux, mais aussi les bijoux. Enfin, l’on voit se développer comme à Glauberg une statuaire de pierre de qualité.

  • Trafics au long cours, les importations méditerranéennes

La fin des Résidences princières n’a pas d’implications directes sur les trafics avec les régions méridionales. Les échanges avec le domaine méditerranéen ne faiblissent pas et tendent même à s’accroître à en juger l’afflux d’amphores vinaires sur ces habitats et les bronzes déposées dans les tombes rhénanes.
Il faut attendre le début du IVe s. pour envisager une véritable rupture (passage à La Tène B).
La diffusion à partir de la fin du VIe des usages grecs et étrusques de la consommation de la boisson alcoolisée au nord des Alpes s’accroit au cours du Ve s. avant J.-C. Ces produits (tessons d’amphores) sont bien attestés dans les riches habitats de hauteur qualifiés de « princiers », mais aussi dans les grandes agglomérations commerciales et artisanales, comme Bragny-sur-Saône, Bourges ou Lyon-Vaise. C’est aussi à cette époque que les vases en bronze étrusques liés à la consommation du vin se font plus nombreux dans les tombes nord-alpines où ils sont fréquemment réutilisés comme urnes cinéraires, dans le Centre-est de la France et dans les régions du Rhin moyen (Hunsrück-Eifel) : cruches à bec (Schnabelkannen), bassins, stamnoi , mais aussi amphores et trépieds. Les aristocraties nord-alpines, en revanche, ne semblent pas connaître l’usage de certains ustensiles comme les louches, les cruchons individuels, les passoires à main ; des innovations, qui sont liées dans le monde grec à un nouveau fonctionnement du symposion.
Si certains récipients renvoient à l’Italie centrale, d’autres séries très abondantes comme les situles, les cistes à cordons, les cruches, ont des origines fort différentes (Adam 1993). Aux importations stricto sensu, il faut ajouter les objets remontés (et restaurés) sur place (chaudron de Hochdorf), les objets modifiés en milieu celtique par l’ajout d’un décor (fréquent sur les cruches), ou encore la fabrication de variantes locales mieux adaptées (cruches celtiques). Dans de nombreux travaux, on a souligné le rôle important de l’aire golasecchienne (situles rhénano-tessinoises) dans ce processus de transformation et de diffusion de la vaisselle métallique.
Le vin a sans doute alors une diffusion relativement limitée  : là où les vases étrusques en bronze sont les plus fréquents, comme dans la région du Rhin moyen, les amphores de transports sont inconnues ; c’est de l’hydromel et non du vin que contenait une des grandes cruches celtiques d’inspiration étrusque du Glauberg, en Hesse, à la fin du Ve siècle. Cette phase de diffusion du vin ou des vases habituellement associés à sa consommation est de courte durée. Au IVe siècle, alors que les Celtes récemment installés en Italie du Nord s’initient rapidement aux raffinements du nouveau banquet aristocratique étrusque, au nord des Alpes, au contraire, les vases du banquet méditerranéen disparaissent à peu près totalement.

Ces changements sont alors généralement mis en relation avec les migrations historiques qui conduisent certains groupes celtiques en Italie du Nord et plus loin vers l’Est. La celtisation de l’Italie du nord à partir du début du IVe s. met fin à ces réseaux étendus et à la prospérité de l’Etrurie padane. Dans le Midi gaulois, après une phase de développement intense en direction de l’axe rhodanien, Marseille paraît réorienter ses activités au profit de l’axe Aude-Garonne (jusque dans le milieu du IVe s.).

  • La Gaule entre Hallstatt et la Tène (VIe et Ve s. av. J.-C.)

Les séances du séminaire de protohistoire celtique qui ont précédé cette journée d’étude nous ont conduit à nous interroger sur la nature de ces établissements qui émergent avec les Résidences princières de la période précédente et se développent bien au-delà jusqu’à la fin du Ve s. comme à Bourges, voire au début du IVe s. comme l’habitat de Hochdorf. Pour rester dans le domaine occidental, d’utiles confrontations avec les régions périphériques (Bretagne / Menez, Lorraine / Dreffressigne) pour lesquels on dispose désormais de données nouvelles relativement abondantes ont permis de montrer qu’il existait d’importantes différences entre ces territoires et ce que l’on observe aujourd’hui dans le Centre-Est de la France. Pour le moment, les ensembles mis au jour, même s’ils livrent des vestiges d’activité métallurgique, demeurent relativement modestes et ne paraissent pas touchés par les trafics méditerranéens. Les unités de production métallurgique (essentiellement de transformation), se développent en marge des habitats (ex. Vrigny, Gondreville ; d’où l’importance de grands décapages). A signaler cependant, l’habitat fortifié de Meissein (7 ha), près de Nancy, occupé du Hallstatt final à La Tène B1 qui se signalent par l’abondance du mobilier, métallique en particulier, et une production artisanale importante. Nous sommes également intéressés aux activités extractives (sel ignigène / Olivier) et productives de sites comme Bourges (Pescher et Filippini) et plus généralement du Centre-Est (Dubreucq) avec la mise en évidence de réseaux de production de fibules à timbale en bronze et en fer à travers les apports des fouilles de Bourges, Lyon et Plombières-les-Dijon, mais aussi Vix et Bragny. Nous avons également bénéficié de l’éclairage de F. Sacchetti sur les travaux en cours menés sur les amphores vinaires. Parmi les questions soulevées, on retiendra celles concernant le statut de ces agglomérations et des artisans, mais aussi le rôle de l’artisanat dans leur développement et leur positionnement dans les relations à distance (régional et inter-régional).

Voir aussi résumés et bibliographie complémentaire

 

 

Pour cette journée, nous avons fait le choix de focaliser notre attention sur des gisements contemporains mais issus d’aires culturelles diverses (celtique bien évidemment, mais aussi ét rusque, celtes de Golasecca et ligure pour l’Italie du nord ; grec et indigène pour le midi gaulois). Ces sites sont loin d’être semblables. S’ils participent tous de ce mouvement (production et échanges) ils diffèrent par leur taille et leur statut (centres urbains ou proto-urbains, bourgs ou villages). Notre connaissance de ces établissements est également extrêmement variable (surfaces connues et explorées, stratifiés ou non, etc.).

 Pr. Raffaele De Marinis

Professeur d’archéologie, Université des Études de Milan.
L’agglomération étrusque du Forcello à Bagnolo san Vito, près de Mantoue (Lombardie).

 

videos de la 8e jounée de protohistoire celtique : Pr. R. De Marinis, L’agglomération étrusque du Forcello à Bagnolo san Vito, près de Mantoue

 

 

 Dr. Stefania Casini

Directrice du Musée archéologique de Bergame.
L’agglomération protohistorique de Côme (Lombardie).

 

videos de la 8e jounée de protohistoire celtique : Dr. Stefania Casini, L’agglomération protohistorique de Côme

 

 

 Dr. Marica Venturino Gambari

Inspectrice de la Surintendance pour les Biens archéologiques du Piémont et du Musée des Antiquités égyptiennes, Turin.
Le site protohistorique de Villa del Foro, près d’Alessandria (Piémont).

 

Videos de la 8e jounée de protohistoire celtique : Dr. Marica Venturino Gambari, Le site protohistorique de Villa del Foro, près d’Alessandria

 

 

 Dr. Philippe Curdy

Musée d’Histoire du Valais, Sion.
Le site de Brig-Glis Gamsen (canton du Valais, Suisse).

 

Videos de la 8e jounée de protohistoire celtique : Dr. Philippe Curdy, Le site de Brig-Glis Gamsen (canton du Valais, Suisse)

 

 

 Dr. Daniela Ugolini

CNRS.
Béziers I : entre Méditerranée et Continent.

 

Videos de la 8e jounée de protohistoire celtique : Dr. Daniela Ugolini, Béziers I : entre Méditerranée et Continent

 

 

 Stéphane Carrara

Service archéologique de la ville de Lyon.
Les activités artisanales d’une agglomération proto-urbaine du Ve s., à Lyon : Structures, déchets et productions.

 

Videos de la 8e jounée de protohistoire celtique : Dr. Stéphane Carrara, Les activités artisanales d’une agglomération proto-urbaine du Ve s., à Lyon : Structures, déchets et productions

 

 

 Dr. Jean-Loup Flouest

Chercheur associé à l’UMR6298- ArTeHis
Bragny-sur-Saône, centre de production métallurgique et d’échange au confluent triple Saône/Doubs/Dheune.

 

Videos de la 8e jounée de protohistoire celtique : Dr. Jean-Loup Flouest, Bragny-sur-Saône, centre de production métallurgique et d’échange au confluent triple Saône/Doubs/Dheune

 

 

 Dr. Régis Labeaune

Inrap, UMR6298 - ArTeHis
Un atelier de forge dans un village du Vème siècle av. J. -C. à Talant (Côte d’Or).

 

Videos de la 8e jounée de protohistoire celtique : Dr. Régis Labeaune, Un atelier de forge dans un village du Vème siècle av. J. -C. à Talant (Côte d’Or)

 

 

 Pr. Olivier Buchsenschutz

DR CNRS, UMR8546 - AOROC
L’agglomération protohistorique de Bourges (Cher).

 

Videos de la 8e jounée de protohistoire celtique : Pr. Olivier Buchsenschutz, L’agglomération protohistorique de Bourges (Cher)

 

 

 Pr. Stéphane Verger

Ephe, UMR8546 - AOROC
Conclusion.

 

Videos de la 8e jounée de protohistoire celtique : Pr. Stéphane Verger, Conclusion

 

 


Organismes partenaires :

CNRS-Centre National de la Recherche Scientifique ENS-Ecole Normale Supérieure, Paris. LabEx TransferS