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Identités et échanges culturels en Asie centrale

Jean-Baptiste HOUAL


Dernière modification : 7 septembre 2017

L’objet de l’étude : L’étude céramique

Les limites chronologiques : du IVe s. av. n. è. au début de la conquête arabe

Les limites géographiques : rive droite de l’Amou Darya (Ouzbékistan, Tadjikistan), Afghanistan, Nord du Pakistan, Nord-Est de l’Iran

 Le contexte de l’étude

Depuis une trentaine d’années, plusieurs équipes européennes travaillent en Afghanistan ou en Ouzbékistan afin de mieux définir les conditions de développement des civilisations qui s’y sont épanouies. Ce travail représente, avec les activités de la Délégation Archéologique Française en Afghanistan depuis le début du XXe siècle, une suite logique aux grands travaux qui ont mis en valeur d’importants sites antiques comme Aï Khanoum (BERNARD 1986), Begram (GHIRSMAN 1946), Surkh Kotal (SCHLUMBERGER-Le BERRE-FUSSMAN 1983), Bamiyan (HACKIN-CARL 1933), Hadda (BARTHOUX 1933). De très nombreuses villes se sont développées au gré de grands bouleversements historiques, mais plus encore à la faveur de l’épanouissement de nouvelles cultures. Les sites qui composent cet ensemble culturel sont rassemblés autour d’une région qui s’étend depuis l’Hindou Kouch, prolongement occidental du massif de l’Himalaya, jusqu’aux monts de Hissar, qui se rattachent au Pamir. La Bactriane et la Sogdiane constituent ainsi, par les passes des montagnes, un pont entre le monde indien au sud, les steppes et déserts de l’Asie centrale au nord, et le monde iranien à l’ouest. L’Amou Darya, le plus grand fleuve d’Asie centrale, en est l’axe majeur. C’est cette position de carrefour qui a fait de la Bactriane et de la Sogdiane l’un des foyers de civilisation de l’Asie centrale, mais aussi, plus que toute autre région, un espace de circulation favorisant les courants de civilisation et les invasions (LYONNET 1997). C’est aussi ce qui lui a valu de devenir dans l’Antiquité un acteur privilégié dans le développement du bouddhisme et des échanges, en particulier par « la route de la soie ».

 La céramique comme moyen d’étude

La céramique constitue un des artéfacts les plus couramment trouvés en fouilles. Produit de luxe ou objet du quotidien, elle est le reflet d’une société et de ses liens avec ses voisins. Les pots complets sont rares en dehors de certains contextes bien précis (abandon rapide, sépultures). Les objectifs scientifiques sont de souligner les passerelles culturelles entre les régions afin de mieux appréhender les problématiques d’aujourd’hui. Ils s’appuient sur un certain nombre d’opérations de terrain, qui ont exploré des thématiques portant sur l’urbanisme, sur les monuments religieux ou sur des zones d’activités artisanales. Les principaux foyers en sont les villes de Termez (LERICHE-FOURNIAU 2001) en Ouzbékistan et de Bactres (GARDIN 1957) en Afghanistan ; d’autres ont su faire valoir leur rôle par leur position géographique particulière, notamment Merv (MASSON-Turkmenistan 1989) à proximité de l’Iran, la vallée de Bamyan ou Kabul en Afghanistan (FUSSMAN-Le BERRE-OLLIVIER-MURAD 1976), proche du nord de l’Inde.

 Les objectifs

Le corpus céramique que je souhaite mettre en place est composé d’assemblages céramiques récemment fouillés, datables entre le IIIe siècle av. J.-C. et le VIe siècle ap. J.-C., provenant de contextes archéologiques choisis pour leur fiabilité chrono-stratigraphique et pour l’intérêt géographique des sites. Actuellement, le mobilier céramique restant à traiter diffère selon les sites archéologiques : pour certains d’entre eux, la fouille est terminée et l’ensemble des données est publié ; pour d’autres, l’étude céramique est en cours de publication ; pour d’autres encore, le matériel est en cours de traitement, mais déjà disponible afin d’être intégré. L’originalité de ce matériel vient de la variété et l’importance des collections qui n’ont cessé d’augmenter au cours de ces dernières années, grâce à une démarche scientifique aboutie qui nous permet aujourd’hui d’avoir une vision plus large et surtout plus précise du faciès céramique de cette région.

L’objectif consiste à mieux appréhender les questions d’échanges et d’identité entre les différents espaces géographiques suivant les périodes. L’aspect chronologique reste un élément majeur dans l’étude archéologique pour mieux fixer les évolutions qui interviennent à l’intérieur d’un site restent souvent difficilement compréhensibles si l’on ne croise pas les données
Au travers d’une analyse typologique des productions locales ou importées à chaque région, il nous est donc possible d’établir différents faciès et ainsi définir les fondements des différentes civilisations qui ont vu le jour. Cet état est particulièrement intéressant pour les périodes de transitions et de bouleversements politiques entre le IIe s. av. J.-C. et le Ier s. ap. J.-C., mais aussi entre le Ve et le VIIIe s. ap. J.-C. On peut faire le même constat à l’intérieur de la période hellénistique pour identifier les marqueurs de son évolution. Enfin, l’usage de la céramique décorée est souvent remis en cause du fait de l’existence de traditions plus anciennes malgré son apparition très marquée. La dimension géographique prend alors tout son sens en reprenant le problème de l’apparition et la disparition de marqueurs typologiques ou décoratifs.

 La dynamique de la recherche actuellement et pour les trois ans à venir

Aujourd’hui, il est possible de s’appuyer sur plusieurs sites majeurs que son Termez, Balkh, Kabul, Merv, Afrasiab, Aï Khanoum. Le noyau principal de cette recherche est la publication du matériel céramique de Termez. Il va rapidement englober ensuite Balkh pour mieux souligner l’identité bactrienne puis s’étendre à d’autres régions. La recherche sur le matériel céramique de Kabul (Tepe Narenj, Balla Hissar, Mess Aynak) , est l’occasion de mieux comprendre les relations entre la Bactriane et l’Inde.
Le principal prérequis à la constitution de ce catalogue est de favoriser un travail de synthèse des principaux acteurs sur le terrain au travers d’outils informatique qui passe forcément par la constitution d’une base de données. Celle-ci existe déjà mais elle nécessite d’évoluer afin d’être accessible.