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Roissy, Fosse Cotheret (Val-d’Oise)

Le cimetière gaulois de la « Fosse Cotheret ».


Dernière modification : 7 septembre 2017

La fouille sous la direction de Thierry LEJARS a été réalisée dans le cadre de l’AFAN, Le matériel en cours d’étude est présenté au Musée d’Archéologie Nationale de St Germain en Laye
Participent à ce projet : S. VERGER (AOrOc, EPHE, étude des attelages), J.-M. SEGUIER (Inrap, céramiques), B. BOULESTIN (anthropologie), P. MENIEL (Cnrs, archéozoologie), C. MOULHERAT (textiles), L. ROBBIOLA et B. MILLE (Université de Toulouse/CNRS et C2RMF, étude physico-chimique des bronzes), C. CAMMAS (Inrap, micromorphologie).

 Localisation

La nécropole a été découverte en 1998 et fouillée en 1999 à l’occasion des opérations d’archéologie préventive engagés lors des travaux d’extension de l’aéroport de Roissy-Charles De Gaulle [photo localisation site].

 La nécropole

Le cimetière de la « Fosse Cotheret », à Roissy (Val-d’Oise), appartient à une petite série de nécropoles aristocratiques de la Plaine de France qui se signalent par un nombre restreint de sépultures et un rituel spécifique qui inclut dans des cas particuliers le dépôt de véhicules à deux roues ou encore d’objets à caractère exotique ou fastueux (comme à Bouqueval et au Plessis-Gassot, deux nécropoles distantes d’une dizaine de kilomètres seulement).
Les tombes sont datées par le matériel associé (fibules et vases) du début du IIIe s. av. J.-C. (La Tène B2). Sur la petite dizaine d’inhumations (les os ne sont pas conservés) que contenait cet ensemble deux se distinguent par la présence d’un char.

 Les tombes à char

En Champagne, la pratique d’ensevelir le défunt avec un véhicule à deux roues, courante au Ve et IVe siècle, n’est plus attestée à cette époque.
Il convient d’insister sur le statut particulier de certains individus qu’il s’agisse de guerriers [photo tombe 5002] ou de personnages liés à la sphère du sacré. La rareté de la documentation funéraire régionale pour les époques antérieures et la qualité de certains mobiliers déposés comme les bronzes ornés de Roissy [photo bronze], la céramique à vernis noir du Plessis-Gassot ou encore certains objets atypiques de Bobigny (soliferrum, sistre, etc.) conduisent à s’interroger sur l’origine de ces communautés et la valeur heuristique des nécropoles pour l’étude de la démographie et l’ethnogenèse des populations anciennes. La signification de ces découvertes est au cœur de la discussion concernant la formation des Parisii, le peuple gaulois établi dans la région de Paris, une question controversée puisque certains spécialistes affirment, à la suite de V. Kruta, que ce peuple se serait transféré, à l’aube du IIIe s. av. J.-C., « depuis les riches plaines des territoires danubiens ». Si les auteurs antiques attestent de l’existence de flux migratoires – en témoigne l’installation de peuples celtiques en Italie, en Anatolie, ou encore l’expédition des Cimbres et des Teutons - les arguments avancés pour étayer l’hypothèse d’une origine exogène (l’absence de sépultures plus anciennes dans la région, la présence de bronzes ornés dans un style décoratif – le Style plastique – originaire d’Europe centrale selon certains historiens d’art) sont pour le moins discutables.
La mise au jour d’habitats remontant au IVe s. av. J.-C., à Roissy et dans les communes limitrophes montre que ce territoire n’était pas inhabité.
Plutôt que de voir dans l’émergence de ces groupements funéraires l’apport de populations nouvelles, on peut se demander si cette soudaine visibilité des manifestations funéraires n’exprime pas davantage la volonté des élites de la Plaine de France d’affermir leur autorité sur un territoire et sa population en privilégiant pour les funérailles un rituel ostentatoire. L’émergence de ces nouveaux cimetières aristocratiques pourrait correspondre à une période de tension marquée par l’essor, au nord, des peuples belges qui mettent en avant leurs vertus guerrières (c’est de cette époque que datent les premières offrandes d’armes à Gournay). La découverte en 2006 en Basse-Normandie (Manche) d’une nouvelle tombe avec char et éléments en bronze à décors plastiques (de facture proche des exemplaires de Roissy) vient opportunément enrichir le dossier documentaire et relancer le débat quant à l’origine et la circulation des bronzes ornés de Style plastique.