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Armement celtique

Thierry LEJARS


Dernière modification : 6 septembre 2017

Arme emblématique des guerriers celtes, l’arme de poing – le poignard de tradition hallstattienne puis à compter du milieu du Ve s. av. n. è. la grande épée droite - est aussi depuis les débuts de l’archéologie celtique un des principaux indicateurs chrono-culturels de la civilisation de La Tène (Ve-Ier s. av. n. è.). Sa découverte fréquente permet aussi de prendre la mesure de son rayonnement en Europe.

 L’apport des textes et de la statuaire

Les récits historiques, s’ils font une large place aux combats menés contre les Gaulois, donnent peu d’informations sur l’armement lui-même. L’apport des sources iconographiques, bien qu’également limité, n’en est pas moins suggestif comme on peut le voir avec la statuaire. Les statues de Glauberg, d’Entremont et de Vachère donnent non seulement un aperçu de l’armement des différentes périodes, mais montre que ces guerriers, qui portent l’épée sur le côté droit, n’étaient pas nus mais équipés de cuirasses en cuir ou de cottes de mailles [photo Vachère].

 L’apport des fouilles

Malgré cela, l’archéologie demeure notre principale source de connaissance. Les rituels funéraires, en privilégiant le dépôt d’objets personnels, ont favorisé la conservation d’équipements plus ou moins complets et livré une vaste documentation permettant de confronter les données d’un bout à l’autre de l’Europe. A cela s’ajoutent les données issues des lieux de cultes qui livrent parfois d’importantes quantités d’armes comme à Gournay-sur-Aronde (Oise) et Ribemont-sur-Ancre (Somme) pour les trois derniers siècles avant notre ère. Les armes sont déposées suivant les cas, intactes, pliées ou brisées.

L’armement celtique se compose pour l’essentiel d’objets en fer. L’usage du bronze se limite aux accessoires du ceinturon et aux casques. Les parties organiques comme le bois des boucliers, la hampe des armes d’hast et des poignées d’épée, le cuir des cuirasses et des ceinturons, sont rarement conservés. Des découvertes en milieu humide, où les conditions de conservation sont plus favorables, livrent parfois des objets intacts (boucliers de La Tène) qui permettent de restituer l’aspect de ces parties fragiles souvent disparues.

 L’équipement de base de la phase Hallstatienne

L’équipement de base de la phase la plus ancienne se compose d’un poignard gainé dans un étui organique constitué de bois et de cuir, ou plus rarement métallique, et d’une ou plusieurs pointes de javelot. Ces dernières, fréquentes au Ve s. av. n. è., n’apparaissent plus par la suite dans les mobiliers funéraires.

 L’évolution de l’armement

Le remplacement du poignard par la grande épée droite à double tranchant vers le milieu du Ve s., correspond non seulement à un renouveau dans les techniques de combat mais aussi à l’affirmation d’un nouveau type de combattant désormais présent sur l’ensemble du continent européen. La panoplie comprend, outre l’épée avec son étui et son harnachement, la lance et le bouclier. Le dépôt du casque est rare et concerne plutôt les phases anciennes (fin Ve s. et début IVe s. av. n. è.) et récentes (Ier s. av. n. è.) ou les régions méridionales (Italie du nord, Balkans, IVe et IIIe s. av. n. è.).

Plutôt que de détailler l’évolution de cet armement, il convient d’insister sur certains aspects importants qui nous renseignent sur sa singularité et le savoir faire des artisans.

  • Les étuis en matériaux organiques du premier âge du Fer sont remplacés par des fourreaux entièrement métalliques [photo fourreau La Tène]. La maîtrise acquise dans le travail du fer et la réalisation de tôles fines à partir de la fin du Ve s. avant notre ère conduisent enfin à une substitution rapide et généralisée du bronze par le fer.
  • Le grand bouclier ovale est renforcé par l’adjonction de garnitures métallique (umbo, manipule et orle) à la fin du Ve s. av. n. è. et surtout à partir du début du IIIe s. av. n. è.
  • Enfin, le traditionnel ceinturon en cuir avec anneaux et agrafe est remplacé au IIIe s. par un ensemble mixte combinant ceinturon en cuir et chaînes métalliques, dans le but de limiter les oscillations de l’épée qui risquaient d’entraver les mouvements du guerrier lors de déplacements rapides. L’abandon de ce mode de suspension dès la fin du IIIe s. coïncide avec la mise en place de la cavalerie où exerce désormais l’élite. Avec l’allongement de l’épée, le ceinturon traditionnel en cuir s’impose de nouveau dans la mesure où le raidissement du système de suspension n’apparaît plus essentiel.

Les cartes de répartitions témoignent enfin de l’adoption généralisée de cet armement dans une large part de l’espace européen. Ce succès va de pair avec une uniformisation de la panoplie guerrière, que l’on perçoit dans la typologie et les choix techniques de fabrication mais aussi dans les associations et l’évolution des formes. Ce processus d’homogénéisation est également sensible dans le domaine de l’art dans la mesure où ce mode d’expression paraît étroitement lié au monde de la guerre et à ses instruments.

 Les techniques de forge du fer

L’artisanat du fer connait un développement rapide durant le second âge du Fer. Jusqu’au second siècle, où l’on assiste à une diversification des produits manufacturés et à une forte concentration de la production au sein d’agglomérations artisanales, l’économie du fer reste étroitement liée à la demande des élites. La thésaurisation de semi-produits témoigne de la valeur accordée à ces matériaux.

C’est pour la fabrication des armes et des chars que fut d’abord mobilisé le savoir faire des forgerons. La fabrication, d’abord limitée aux objets les plus massifs (épées, lances, bandages de roues) commença à se diversifier dès la fin du Ve s. avec la mise au point des nouveaux fourreaux d’épée entièrement métalliques que rendit possible la maîtrise de la fabrication de tôles en fer suffisamment fines et résistantes. Les artisans se lancent dans la confection de nouveaux objets comme les casques (Böckweiler, Sarre) et les umbos de boucliers (Branov, Répb. Tchèque), puis au IIIe s. les ceinturons métalliques semi-rigides et la cotte de mailles. L’outillage se diversifie. Les accessoires du costume (fibules et ceinturons) et la parure (bracelets et torques), en bronze, sont enfin progressivement gagnés par la technologie du fer. L’abondance du minerai et la plus grande résistance de ce matériau ont naturellement favorisé cet essor.

Le nettoyage des objets corrodés a révélé la complexité et la précision des assemblages, ainsi que les choix techniques et leur évolution. Si les historiens de l’Antiquité ont vanté les mérites des forgerons Celtes, d’autres comme Polybe ont nié au fer des épées gauloises toute efficacité (Pol. II.33). Les analyses ont montré au contraire la qualité de ces armes, parfois fabriquées au moyen de techniques sophistiquées (structure feuilletée avec alternance de bandes d’acier et de fer doux). Les pinces forment, avec le marteau et l’enclume, les limes et les ciseaux, l’outillage de base. Le dépôt d’armes et d’outils de Libcice en Bohême montre l’existence de ces panoplies dès le Ve s. Pour l’ornementation des fourreaux en fer, les artisans ont développé une gamme de moyens techniques, avec des outils en acier : le burin, l’échoppe et la pointe sèche pour la gravure, des estampilles et l’émaillage. Il faut aussi insister sur l’importance des finitions, comme le polissage qui donne au fer son aspect si particulier et le protège.

Si la qualité des objets issus de l’archéologie funéraire témoigne de l’existence d’artisans spécialisés et performants (fibules de Conflans, Aube), les lieux où ils produisent, peu spectaculaires, sont mal connus (outils, battitures, rebuts), tout comme la place qui leur revenait dans la société.