Chargement
Veuillez patienter...

Rome, la colline du Pincio

Villa Médicis, Trinité-des-Monts


Dernière modification : 7 septembre 2017

S’il ne compte pas au nombre des sept collines de Rome, le Pincio, d’abord extérieur, puis intérieur à la ville, n’en fut pas moins l’un des lieux les plus recherchés par l’aristocratie romaine. Une partie de la colline est aujourd’hui occupée par deux institutions françaises, l’Académie de France à Rome et le couvent de la Trinité-des-Monts. Sur ce terrain encore vierge de toute recherche archéologique, siège des anciens jardins de Lucullus (fig. 1), l’École française de Rome a mené chaque année en collaboration avec la Soprintendenza Speciale ai Beni Archeologici di Roma, entre 1981 et 2005, une ou plusieurs campagnes de fouilles programmées ou préventives, ces dernières à partir de 1990.

 

Par Vincent JOLIVET

 

Fig. 1
Fig. 1

Fig. 1 : Position des jardins de Lucullus (en rouge) dans la ville antique.

 

 

 

 

 

 

 

 Une révision radicale des hypothèses admises

Avant la début des fouilles, tout le raisonnement topographique sur cette zone reposait sur les textes anciens et sur la documentation graphique laissée par les antiquaires de la Renaissance. Il était admis que ce secteur était occupé par une gigantesque villa à la façade en hémicycle, construite dans la première moitié du Ier siècle av. J.-C. par L. Licinius Lucullus.

Fig. 2
Fig. 2

Nos recherches ont permis d’établir qu’il s’agissait en fait d’un nymphée théâtriforme monumental (fig. 2), construit dans le second quart du Ier siècle ap. J.-C. par le sénateur gaulois Valerius Asiaticus, originaire de Vienne. Tout semble indiquer que cette énorme construction, édifiée en face du mausolée d’Auguste, était destinée à favoriser la conquête du trône impérial par cet ambitieux personnage.
Fig. 2 : Plan restitué du nymphée-théâtre de la Trinité-des-Monts.

 

 La colline du Pincio, lieu de pouvoir

Fig. 3
Fig. 3

Dominant l’accès principal à la ville de Rome, la via Flaminia, le Pincio est en effet très tôt apparu comme le cadre idéal pour la mise en scène du pouvoir. Après Lucullus, après Asiaticus, accusé de complot et contraint de se suicider dans ses jardins en 47 ap. J.-C., c’est au tour de l’empereur de détenir ce site prestigieux, pourtant revendu par le fisc impérial, à la fin de ce même siècle, à la grande famille romaine des Acilii, et détenu ensuite par Anicii, apparentés à ces Pincii qui devaient laisser leur nom à la colline. Pourtant, au lendemain du sac de Rome par Alaric, le domaine repasse au fisc impérial, et la luxueuse résidence privée des Anicii devient l’un des principaux lieux de mise en scène du pouvoir impérial – en l’occurence, probablement celui du premier empereur romain d’Occident, Honorius.

Fig. 4
Fig. 4
Fig. 5
Fig. 5

Les fouilles du piazzale de la Villa Médicis (fig. 3) ont révélé la présence d’un vaste corps de bâtiment construit au cours de cette phase (fig. 4) ; sous le “Parnasse”, on peut aujourd’hui restituer deux grands édifices à plan centré contigus (fig. 5), jusqu’alors à peu près inconnus, qui comptent probablement parmi les derniers temples païens construits dans la Ville avant sa christianisation complète.
_ Fig. 3 : Vue d’ensemble de la fouille du piazzale de la Villa Médicis.
Fig. 4 : Détail du pavement d’opus sectile du sol de l’édifice tardo-impérial du piazzale.
Fig. 5 : Restitution des deux édifices à plan centré sous le “Parnasse” de la Villa Médicis.

 Programme de publications

Les multiples campagnes de fouilles effectuées dans les deux sites, souvent réalisées dans l’urgence et sans financement dévolu à l’étude du matériel mis au jour, ont entraîné un retard important dans la publication définitive de ces travaux, qui ont cependant fait l’objet de multiples publications préliminaires. L’ensemble de la recherche nécessiterait quatre volumes dont l’un, centré sur la réoccupation du site, est déjà paru. Un autre, consacré au secteur du piazzale et du parterre de la Villa Médicis, est en cours de préparation, tandis que deux autres seraient nécessaires pour présenter respectivement l’ensemble du dossier relatif au nymphée-théâtre de la Trinité-des-Monts, et les différentes interventions réalisées sur l’ensemble du domaine.

 Bibliographie

  • H. BROISE et V. JOLIVET, Recherches sur les jardins de Lucullus, dans L’Urbs. Espace urbain et histoire, Rome, 1987, p. 747-761.
  • H. BROISE et V. JOLIVET, Leonardo Bufalini, Pirro Ligorio et les antiquités du Pincio, CRAI, 1995, p. 7-29.
  • H. BROISE, M. DEWAILLY et V. JOLIVET, Scoperta di un palazzo tardoantico nel piazzale di Villa Medici, RendAccPont 72, 1999-2000, p. 1-17.
  • H. BROISE et V. JOLIVET (dir.), Pincio 1. Réinvestir un site antique, Rome, 2009.
  • V. JOLIVET et C. SOTINEL, Die Domus Pinciana. Eine kaiserliche Residenz in Rom, dans T. FUHRER (dir.), Rom und Mailand in der Spätantike. Repräsentationen städtischer Räume in Literatur, Architektur und Kunst, Berlin-Boston, 2012, p. 137-160.