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Afrasiab / Samarkand

Fouilles de la Mission franco-ouzbèke (MAFOuz) de Sogdiane


Dernière modification : 15 juin 2017

Par Claude Rapin

 

Sur ce site de 219 hectares, exploré de manière active mais sans réelle continuité depuis 1873 par des équipes russes, puis soviétiques, les efforts de la MAFOuz de Sogdiane ont porté presque exclusivement sur la zone de l’acropole, où pendant toute la durée d’existence d’Afrasiab se sont concentrés les monuments du pouvoir (politique, militaire, religieux).

Fig. 1
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Fig. 2
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Fig. 1 : Plan du plateau d’Afrasiab à Samarkand dressé en 1885 par l’armée russe.
Fig. 2 : Afrasiab. Image du site dans ©Google Earth.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Fig. 3 : Plan de la « ville haute » d’Afrasiab avec la localisation des principaux chantiers ©MAFOuz de Sogdiane ; assemblage des plans par C. Rapin. Voir sur le site de Claude Rapin

 

 

 

 

 

Samarkand dans les sources historiques antiques. La ville est mentionnée pour la première fois chez les historiens d’Alexandre sous le nom de Marakanda, capitale de la Sogdiane, mais des études récentes montrent que la ville ou son district ont également porté le nom de Zariaspa (*Zarapsha, que l’on retrouve dans le nom moderne du fleuve Zerafshan). Le fleuve est mentionné dans les sources classiques sous le nom de Polytimète, mais le géographe alexandrin Claude Ptolémée mentionne également les rivières Zariaspes (branche du Zerafshan correspondant probablement au Kara-darya) et Artamis (Ak-darya ?), tandis que la rivière Dargomanes correspond à l’actuel canal du Dargom qui alimente le site d’Afrasiab depuis le sud-est.

 

Le plus ancien rempart de la ville a été découvert en 1991 à la limite sud-est de l’acropole, séparant celui-ci de la ville basse ; il a par la suite pu être repéré sur tout le pourtour du plateau urbain (5,5 km). Il s’agit d’un mur massif de 6 m d’épaisseur, maçonné en grosses briques plano-convexes portant toutes des marques identifiant les brigades chargées de la construction des différents secteurs.

 

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Fig. 7
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Fig. 4 : Afrasiab, « ville haute ». Tranchée sur la muraille d’époque achéménide ©O. Inevatkina, MAFOuz de Sogdiane.
Fig. 6 : Afrasiab. Reconstitution de la muraille achéménide ©E. Kurkina MAFOuz de Sogdiane.
Fig 7 : Maçonnerie de la muraille achéménide ancienne © MAFOuz de Sogdiane.

 

 

La ville est donc née d’une initiative étatique qui a immédiatement concerné l’ensemble du plateau, avec à l’intérieur de celui-ci l’aménagement d’une défense particulière pour l’acropole. Une tranchée menée en 2006 et 2007 dans la portion sud-ouest du rempart extérieur a permis d’établir la date achéménide ancienne de ce premier rempart (2e moitié du VIe s. av. n.è. ou début du Ve s.). Il est probable que cette première fondation urbaine est allée de pair avec la mise en eau de celle-ci à partir du réseau d’irrigation de la plaine dérivé sur 40 km à partir du Zarafshân, le fleuve majeur, mais les éléments de datation collectés en divers points par notre mission et la mission italienne de l’Université de Bologne n’ont pas encore permis d’aboutir à un consensus sur cette question.

 La période grecque

De 329 au milieu du IIIe s. av. n.è., voire au milieu du IIe s. av. n.è. (en deux phases différenciées par leur céramique), cette période n’était jusqu’à une date récente connue que par ses remparts à corridor intérieur qui, comblés et épaissis, sont restés jusqu’à la fin de l’histoire du site le noyau des fortifications urbaines. Les travaux propres de la mission ont concerné la porte nord de la ville et divers segments de la muraille au nord et à l’ouest du site.

Fig. 8
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Fig. 10
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_ Fig. 8 : Afrasiab. Porte nord, dite « de Bukhara ». Poterne de l’époque hellénistique ©MAFOuz de Sogdiane.
Fig. 9 : Plan de la poterne de l’époque hellénistique ©G. Lecuyot & C. Rapin MAFOuz de Sogdiane.
Fig. 10 : Reconstitution de la poterne de l’époque hellénistique ©C. Rapin, MAFOuz de Sogdiane.

 

 

 

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Fig. 12
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Fig. 11 : Afrasiab. Porte nord, dite « de Bukhara ». Rampe en pierre de l’époque médiévale construite au Ve s. Lors de l’attaque de la ville par les Mongols en 1220, un cavalier de la garnison avait caché à proximité un harnais garni de plaques en argent doré ©MAFOuz de Sogdiane.
Fig. 12 : Afrasiab. Chantier 2/6. Rempart nord de l’époque achéménide et hellénistique ©MAFOuz de Sogdiane.

 

 

 

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Fig. 14
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Fig. 13 : Afrasiab. Rempart ouest de l’époque hellénistique. Au premier plan présentation touristique de la peinture d’Afrasiab ©MAFOuz de Sogdiane.
Fig. 14 : Afrasiab. Rempart ouest de l’époque hellénistique dégagé dans les années 1970 et restauré par l’Institut d’archéologie de Samarkand © MAFOuz de Sogdiane.

 

 

 

Fig. 15
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La découverte d’un grenier à céréales situé en plein centre de l’acropole est venue enrichir le tableau, tout en restant cohérente avec l’image d’un poste militaire avancé. Ce grenier construit durant la première phase et inséré dans une dépression naturelle comprenait huit pièces dallées de briques crues, chacune mesurant 11,5 x 5,5 m et susceptible de contenir environ 75 tonnes de grains. Calcinés par l’incendie qui a mis fin à l’existence du bâtiment, les grains ont en partie subsisté jusqu’à une hauteur supérieure à 1 m ; selon les pièces il s’agit tantôt de millet, tantôt d’orge (dans un cas stockée déjà sous forme de gruau). L’incendie a probablement eu une cause accidentelle, car les sapeurs de la garnison tentèrent d’en contrôler la propagation en sciant les poutres maîtresses des toits, ce qui entraîna la chute régulière de l’un d’eux au moins, retrouvé avec toute sa structure par les fouilleurs.

Fig. 16
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Fig. 15 : Afrasiab. Vue du grenier d’époque hellénistique. À l’arrière-plan au-dessus : vestiges de la mosquée du Vendredi ©MAFOuz de Sogdiane.
Fig. 16 : Afrasiab. Céréales carbonisées dans le grenier d’époque hellénistique ©MAFOuz de Sogdiane.

 

 

 

 La grande période préislamique,

Par Frantz Grenet, Yury Karev, Claude Rapin

Cette période dite proprement « sogdienne », qui s’étend du Ve au début du VIIIe s. et représente l’apogée du rôle de Samarkand dans le grand commerce international, est relativement peu représentée sur le site en raison des nivellements intervenus au début de la période islamique.
 

Fig. 17
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Fig. 17 : Afrasiab. Vue de la citadelle depuis la porte de Bukhara à l’ouest. La butte a été élevée à l’époque kidarite, alors que la ville haute connaît une dense occupation de sa surface. Elle recouvre une partie des vestiges d’un bâtiment monumental d’époque achéménide et hellénistique, sans doute le palais marqué par l’épisode célèbre de l’assassinat de Cléitos par Alexandre le Grand ©MAFOuz de Sogdiane.
Fig. 18 : Afrasiab. Schéma de l’occupation du site au haut Moyen-Âge (plan d’après le plan de 1885) ©C. Rapin, MAFOuz de Sogdiane.

 

Fig. 19
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Toutefois un ensemble exceptionnel de peintures murales de commande royale, découvert en 1965 par nos prédécesseurs soviétiques, constitue l’un des objets d’étude de la mission.
Fig. 19 : Afrasiab. Peinture dite « des Ambassadeurs ». VIIIe s. (d’après L.I. Al’baum Zhivopis’ Afrasiaba, Tashkent, 1975).

 

 

Fig. 20
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Fig. 21
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Cette période est aussi représentée dans les fouilles récentes par diverses trouvailles : figurines de terre cuite venues enrichir le répertoire existant, statuette en bronze doré du bodhisattva Avalokiteshvara (élément d’un autel portatif de fabrication impériale chinoise du début du VIe s.), quelques inscriptions sogdiennes sur vases dont la plus ancienne connue (Ier s. avant ou après n.è.). Depuis 2011, la mission a repris conjointement avec le Musée d’Afrasiab la fouille d’un riche quartier d’habitation adossé à l’intérieur du rempart II (lequel marque la limite rétrécie de la ville dans la basse Antiquité) et occupé depuis la période « sogdienne » jusqu’au Xe s. Cette fouille a notamment permis de compléter l’étude d’une peinture murale préislamique figurant un sujet unique, le sacrifice de moutons par des jeunes filles au retour de l’estivage.
Fig. 20 : Afrasiab. Terre cuite. Adoratrice tenant un enfant ou une poupée ©MAFOuz de Sogdiane.
Fig. 21 : Afrasiab. Plaque estampée en terre cuite représentant Athéna-Arshtât (VIe s.). Musée de Samarkand ©MAFOuz de Sogdiane.

 

 Le premier siècle après la conquête arabe de 712

Il a notamment été marqué par la construction de deux palais dont rien ne permettait avant les travaux de la mission de soupçonner l’existence : les textes sont muets à leur égard. Le plus ancien fut édifié sans doute dans les années 740 sur l’ordre de Nasr ibn Sayyâr, dernier gouverneur de la région pour le compte de la dynastie umayyade.

Fig. 22
Fig. 22

Mesurant 120 x 80 m, il occupait l’emplacement d’une grande enceinte rasée qui avait peut-être appartenu au temple préislamique. A une date qu’on peut situer entre 765 et 780 sa surface se trouva réduite par suite de la construction de la première grande mosquée, dont l’agrandissement vers 820-830 entraîna sa disparition complète. Ce palais est le plus ancien monument d’architecture civile musulmane qui soit parvenu jusqu’à nous en Asie centrale. Construit en appareil alterné de briques crues et de blocs de pisé, il présente un plan bâtard, avec des éléments hérités des palais sogdiens préislamiques (la salle du trône fermée, les grands corridors omniprésents) et d’autres plus innovants, empruntés aux palais umayyades (les beyt, ensemble de pièces groupés en carré autour d’une cour et dallées de briques cuites dont certaines portent un tampon en écriture coufique) ; tout cela construit sans grand souci de régularité, malgré une dépense considérable qui se manifeste dans l’épaisseur des murs (jusqu’à 4,20 m). Il semble n’avoir jamais vraiment servi de cadre cérémoniel et avoir simultanément ou tour à tour rempli des fonctions diverses : bureaux, résidences parfois modestes, bains (en rapport avec le voisinage de la mosquée ?), ainsi qu’une école de scribes dont témoigne un exercice d’alphabet arabe.
Fig. 22 : Afrasiab. Plan des fouilles d’un monument palatial de l’époque islamique ancienne sous la mosquée du Vendredi ©MAFOuz de Sogdiane.

 

L’occupation négligée de ce palais, peut-être même resté inachevé dans certaines parties intérieures, peut s’expliquer par l’apparition très peu de temps après d’un monument évidemment destiné à le remplacer dans ses fonctions les plus prestigieuses.

Fig. 23
Fig. 23

Construit sur le plateau à l’est du donjon de la citadelle, siège de l’autorité politique depuis l’Antiquité, il se présente comme une réalisation beaucoup plus élaborée que le précédent, et dont la régularité mathématique traduit l’intervention d’un architecte professionnel. Cet architecte était profondément pénétré des principes de l’architecture palatiale umayyade, elle-même synthèse repensée des architectures byzantine et sassanide, et il venait probablement d’un pays de vieille conquête arabe (Syrie, Iraq, voire Iran) : en témoigne par exemple l’utilisation de colonnades monumentales en briques crues, l’une péristyle et l’autre en portique excentré ; ces colonnades sont totalement étrangères à la tradition locale et absentes de l’autre palais. Le commanditaire de cette réalisation architecturale fut certainement Abu Muslim, organisateur principal de la révolution abbasside et premier gouverneur de la région pour le compte de ces derniers (749-755). Ce Persan admirateur des Sassanides voulait s’affirmer comme le digne représentant de la nouvelle dynastie, et peut-être davantage, dans la ville qu’il destinait à servir de base à une nouvelle expansion vers les territoires chinois. L’exécution d’Abu Muslim sur l’ordre de ses anciens obligés entraîna là aussi l’inachèvement du programme ; le monument restructuré (les colonnades furent sacrifiées) continua d’être occupé jusqu’au Xe siècle.
Fig. 23 : Afrasiab. Plan de l’aire palatiale à l’est de la citadelle ©MAFOuz de Sogdiane.

 

Fig. 24
Fig. 24

Sur l’emplacement de sa ruine furent construits à l’époque karakhanide, plus précisément dans la seconde moitié du XIIe s., plusieurs pavillons de plaisance qui dominaient au nord le vallon du Siyabet dépendaient d’un palais situé au sommet de la citadelle (disparu dans les anciennes fouilles). L’un des pavillons avait reçu un décor peint sur tous les murs de sa véranda intérieure. Remanié sans doute lors de la chute finale de la dynastie karakhanide en 1212, puis détruit intentionnellement avec tous les pavillons lors du renforcement des défenses de la citadelle à la veille de l’attaque mongole, son décor subsistait en morceaux tombés à terre, dont la consolidation et le réassemblage demanderont encore plusieurs années (ces travaux vont de pair avec le transfert progressif des panneaux vers le Musée d’Afrasiab).

Fig. 25
Fig. 25

Les parties reconstituées permettent d’apprécier l’extrême finesse de l’exécution et la diversité des thèmes : scène de trône, oiseaux dans un décor floral parcouru d’un poème en persan, inscriptions laudatives en arabe, danseurs, scènes de chasse, archer turc présentant une flèche (symbole de souveraineté), péris (femmes ailées), composition mythologique dont le sens reste à préciser (un aigle gigantesque posé sur une montagne à visage féminin). Ces peintures constituent d’ores et déjà un chaînon majeur dans l’histoire des arts figurés iraniens, entre la grande peinture préislamique et l’émergence de la miniature persane.
Fig. 24 : Afrasiab. Aire palatiale à l’est de la citadelle. Époque karakhanide, 2e moitié du XIIe s. ©MAFOuz de Sogdiane.
Fig. 25 : Afrasiab. Peinture représentant un chien (époque karakhanide, 2e moitié du XIIe s.) ©MAFOuz de Sogdiane.