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Les Celtes en Europe, historique des recherches

Une unité culturelle à l’échelle de l’Europe


Dernière modification : 28 février 2017

Elle représente sans doute la première unité culturelle réalisée à une si vaste échelle en Europe.

  • Du bassin du Danube aux rivages de l’Atlantique, les archéologues ont mis en évidence une unité culturelle – la culture celtique – si profonde que, malgré des divisions épisodiques, elle ressurgit sans cesse. Elle représente sans doute la première unité culturelle réalisée à une si vaste échelle en Europe.
  • Les découvertes archéologiques des vingt dernières années enrichissent considérablement, en effet , les quelques témoignages des auteurs anciens (Polybe, Posidonios, Diodore de Sicile, César, Strabon) qui parlent des Celtes.
  • A partir du Ve et surtout à partir du IIIe s. av. J.-C., ceux-ci vont progressivement occuper la plus grande partie de l’Europe, de la France à la Bohême, de l’Espagne à l’Irlande et de l’Ecosse à l’Italie du Nord, avec des incursions dans les Balkans et en Turquie.

 Qui sont les Celtes ?

  • La civilisation celtique se caractérise par une langue commune dont on connaît assez peu de chose, un art très riche qui se décline sur tous les supports, une occupation du territoire, un mode de vie et une organisation de la société et de l’économie qui transparaissent dans les fouilles.
  • L’apogée de la civilisation celtique se situe aux époques de Hallstatt et de La Tène (du nom des stations éponymes, respectivement dans le Salzkammergut, en Autriche et sur les bords du lac de Neuchâtel, en Suisse).
  • C’est de -700 environ que datent les premiers témoignages grecs de la présence (qui peut être plus ancienne) en Espagne, en Grande-Bretagne ou en Irlande, de communautés celtiques.
  • Une seconde phase, vers -600, verra les premiers contacts directs entre les Celtes du Danube, d’Allemagne du Sud et les Grecs. Vers 500, les grandes tombes princières (Vix, Hochdorf) témoignent d’une même richesse et du développement d’un art spécifique, extrêmement vivace et original qui présente des affinités avec les arts méditerranéens et orientaux.

Les premiers grands travaux archéologiques

  • Ils ont eu lieu à la fin du XIXe siècle, sur les sites celtiques suivants : Bibracte (France), Zavist (République tchèque), Velem-St-Vid (Hongrie), Manching (Allemagne), Le Titelberg (Luxembourg), qui sont les oppida de référence pour La Tène finale.
  • Dans les années 1950, la répartition des oppida celtiques pressentie par Déchelette en Europe tempérée est confirmée par les découvertes archéologiques. Les fouilles mettent en évidence de vastes espaces clos par d’imposantes fortifications, comprenant de nombreuses structures d’habitat, une intense activité artisanale et commerciale et des indices d’organisation urbaine (rue, enclos).

Les nouvelles fouilles en France bouleversent nos connaissances

  • Une nouvelle étape fut marquée dans les années 1970 par la fouille de grands habitats ouverts, chronologiquement antérieurs aux oppida, qui montre une organisation et une diversification de l’artisanat dès La Tène C2 (IIe s. av. J.-C.) comme Levroux.
  • Mais il faudra attendre les années 1980 pour que l’image des Celtes forgée, par les auteurs anciens se trouve profondément bouleversée par les découvertes et l’exploitation scientifique des grands sanctuaires picards, comme celui de Gournay ou celui de Ribemont (fouilles de J.-L.Brunaux et P. Méniel, effectuées dans le cadre de l’UMR 8546).

 

On perçoit une évolution très forte de la société celtique entre le Ve s. av. J.-C., dominé par les princes de guerre et le IIIe s. où se met en place une aristocratie dont la richesse repose encore essentiellement sur la propriété foncière et l’exploitation des ressources naturelles, mais qui est de plus en plus plus tournée vers l’artisanat et le commerce.

 Le Ier âge du Fer en Gaule

Le ler âge du Fer succède à l’âge du Bronze vers 800 av. J.-C. et se termine aux environs de 475 av. J.-C. Cette période voit notamment la formation de la culture des Celtes anciens. Bien que les échanges à plus ou moins longue distance soient intensifs, les fondements économiques des sociétés de la Gaule reposent pour l’essentiel sur une agriculture efficace et diversifiée. L’occupation du sol en témoigne : l’habitat se compose généralement de fermes dispersées et de hameaux. La société au premier âge du Fer est hiérarchisée et composite. Paysans et artisans (potiers, bronziers, forgerons, charpentiers...) sont dominés par une aristocratie héréditaire dont les riches sépultures sous tumulus manifestent de façon ostentatoire le pouvoir.

 

Les traits saillants du ler âge du Fer sont les suivants :

  • Développement intensif d’une métallurgie du fer
  • Retour à l’inhumation sous tumulus alors que le rituel dominant de l’âge du Bronze final était l’incinération en tombe plate
  • Accroissement irrégulier de la hiérarchisation sociale qui culmine avec l’apparition de tombes princières à la fin du VIe et au Ve s. av. J.-C. (inhumations à char puis incinérations en urne de bronze)
  • Contacts de plus en plus étroits avec le monde méditerranéen, l’Italie en particulier. Marseille, colonie grecque, est fondée vers 600 sur le littoral gaulois. L’importation de vases à boire étrusques ou grecs, l’adoption du rituel funéraire de l’incinération en urne de bronze à partir d’un modèle italique trahissent une forme d’acculturation des élites de la Gaule centrale et orientale au Ve s. av. J.-C.
  • Tendance à l’homogénéisation culturelle à la fin de la période, un processus qui aboutit à la naissance de la Culture de La Tène en Europe moyenne.

La Gaule centrale du VIIIe au Ve S. av. J.-C.

Au ler âge du Fer, le Berry, l’Auvergne, le Limousin et leurs marges forment une entité complexe, puisqu’au carrefour des trois principaux domaines culturels représentés en Gaule : atlantique, nord-alpin ou hallstattien, méridional où influences ibériques et italiques se rejoignent.

 

  • Malgré cette multiplicité d’apports culturels, un type de céramique fine, décorée de motifs géométriques peints au graphite, donne une relative unité à la Gaule centrale sur le plan de la culture matérielle.
  • Dès le VIIIe s., des inhumations sous tumulus de guerriers, accompagnés d’une longue épée de bronze ou de fer, manifestent le développement de nouveaux pôles culturels et de la métallurgie du fer. La fondation de nécropoles tumulaires, l’abandon de la plupart des habitats de hauteur fortifiés, l’arrêt brutal de la pratique des dépôts, consomment également la rupture avec l’âge du Bronze final.
  • A la fin du VIIe s., le domaine funéraire nous révèle de nouveaux changements : le rythme des constructions de tertres se ralentit, on ne dépose plus d’arme dans les sépultures masculines tandis que les sépultures féminines sont beaucoup plus riches qu’auparavant. A cette époque, on abandonne à nouveaux en terre des dépôts d’objets métalliques dans un but rituel qui reste à préciser.
  • Les nécropoles, mieux connues que l’habitat, montrent qu’à la fin du VIe et au Ve s. av. J.-C., les sépultures sont nombreuses à être aménagées dans des tertres plus anciens. Quelques nouveaux tumulus sont encore bâtis, mais ils mobilisent une part croissante du travail des vivants puisqu’ils sont de grande taille et réservés à des sépultures princières, des incinérations en urne métallique en particulier.
    Dans le Loiret, le monument de Sainte-Geneviève-des Bois est un bon exemple de ces tombes qui marquent l’enrichissement d’une élite en contact étroit avec le domaine nord-italique.
    Les fouilles des niveaux les plus anciens de Bourges livrent les vestiges d’une agglomération, peut-être en voie d’urbanisation, environnée de nécropoles.
    Cet établissement de la fin du ler âge du Fer implanté au cœur de la future cité des Bituriges témoigne également de liens avec l’Italie tout au long du Ve s. Ces éléments sont à rapprocher de la tradition livienne selon laquelle les tribus celtiques de Gaule centrale, sous l’autorité des princes Bituriges, eurent l’initiative des invasions celtiques en Italie au début du IVe s. av. J.-C.
  • La fin du Ve s., avec la fondation de nouvelles nécropoles, la généralisation du rituel de l’inhumation en tombe plate, la réapparition des épées dans quelques tombes et des changements dans l’occupation du sol, correspond véritablement aux débuts d’une nouvelle période en Gaule centrale, le second âge du Fer.

 Le IIe s. avant J.-C., économie et agglomérations artisanales

L’évolution de l’économie des populations celtiques peut être mieux appréhendée aujourd’hui grâce aux résultats des analyses environnementales ou physiques et à la multiplication des données de terrain. Les datations récentes montrent que des changements se dessinent dès la fin du IIIe s. avant J.-C. Pendant le IIe s. avant J.-C., l’économie se transforme sur tous les plans : la production agricole et artisanale devient plus performante et plus spécialisée, de nouveaux outils d’échange sont introduits, et particulièrement la monnaie, et favorisent un véritable commerce. Les habitats agglomérés se développent largement, d’abord autour des activités artisanales et commerçantes, ensuite avec les fonctions diversifiées qui se retrouvent dans les oppida fondés à la fin de la période. Cette évolution découle de facteurs internes et des contacts avec le monde romain. Quels groupes sociaux ont provoqué ces innovations, et quelles conséquences ces changements économiques ont-ils eu sur le mode de vie des Celtes ?

 

Économie du IIe s. avant J.-C. : intensification de la production dans tous les domaines : agriculture, élevage, extraction, artisanat, commerce avec la monnaie et importations massives.

 

Changement de la localisation des artisans : on les recherchait aux IVe et IIIe s. avant J.-C., ils étaient dispersés dans les hameaux ou près des sources de matériaux, les voilà qui se regroupent sur des habitats liés aux échanges et aux ressources timidement au LT B2 et CI, clairement à LT C2, au 2e s. avant J.-C. Sur la vallée de la Loire, du Rhin, sur les affluents du Danube, ces agglomérations sont caractérisées par leur surface, par leur absence de planification ou de constructions collectives, par leurs activités essentiellement artisanales et commerçantes. Le développement des oppida peut s’expliquer par la reprise en main de cette nouvelle concentration d’énergies par les aristocrates, qui créent une urbanisation originale en fondant de véritables villes sur les sites de hauteur qui jouaient jusque là un rôle surtout dans le domaine religieux.

 

Notre connaissance des populations de l’âge du Fer européen permet aujourd’hui de dépasser les clichés traditionnels, aussi bien la réduction de la définition d’un groupe humain à un type de fibule ou de rituel funéraire, que l’image du barbare développée par les textes antiques. Avec le développement des méthodes d’analyse textuelles, chronologiques, spatiales, et typologiques, il est possible aujourd’hui d’identifier des contextes et des situations précises, grâce à la convergence et à la combinaison des différentes sources. A travers des exemples pris chez les Celtes et leurs voisins, on arrive à préciser les caractéristiques culturelles des groupes humains de l’âge du Fer et les grandes lignes de leur évolution historique.

 

Pour mieux comprendre les phénomènes de sociétés, il est nécessaire de les analyser sur une période assez large. La fouille nous y contraint d’ailleurs régulièrement et les sites fouillés par notre équipe couvrent souvent plusieurs siècles. Les nécropoles et les sanctuaires sont particulièrement intéressants de ce point de vue car ils jouent à la fois un rôle conservatoire de pratiques ancestrales et intègrent les nouveautés du monde romain. Les sites artisanaux et les habitats montrent la rapidité des évolutions techniques ou tout simplement les modifications du mode de vie dans l’alimentation, la construction, les activités, les distractions l’habillement, la parure …. Cet impact de l’arrivée des Romains en Gaule découle des analyses du territoire, du mobilier, de l’art et de la langue, des rites cultuels et funéraires. On observe des interférences entre le monde méditerranéen et le monde celtique dès le Hallstatt mais à partir du second Age du Fer la prospérité économique de la Gaule entraîne une ouverture beaucoup plus grande et plus profonde dans toutes les classes de la société gauloise.
En revanche, on observe peu de modifications entre la fin de l’indépendance et la période augusto-tibérienne.