École Thématique 2018 CNRS AOrOc - Bibracte IV - MOSAICnet

(8) 9 -13 octobre 2018, Bibracte.


Dernière modification : 4 janvier 2019

L’Ecole Thématique AOrOc-Bibracte 4, intitulée « MOSAICnet : Networks in Archaeological Research », a réuni 28 chercheurs et jeunes chercheurs autour de la thématique des réseaux en archéologie. Des réseaux d’échanges aux réseaux urbains, les systèmes d’interactions sont un élément constitutif de toutes les sociétés depuis la Préhistoire jusqu’à nos jours. L’École proposait état des lieux des différentes approches méthodologiques de cette question transdisciplinaire, et l’apprentissage pratique des bases de chacune de ces approches à l’aide du langage de programmation R.
La formation de six jours s’est tenue au Centre de Recherche Européen de Bibracte, à Glux-en-Glenne.

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 Une thématique transdisciplinaire au cœur de l’actualité scientifique

Affiche E.T. AOrOc-Bibracte 4 - Mosaicnet
Affiche E.T. AOrOc-Bibracte 4 - Mosaicnet

Interactions et Systèmes d’Interactions sont à la base de toute société et relation sociale. Concept fondamental dans les Sciences Humaines, les notions de réseaux et d’interactions ont pourtant longtemps été laissées de côté en archéologie car ces relations ne laissent généralement pas de traces directes. Depuis une quinzaine d’années, ces notions s’enrichissent pourtant d’un grand nombre de méthodes et outils nouveaux développés dans d’autres disciplines, liés à l’accroissement des données et des collaborations transdisciplinaires. Ces méthodes sont issues de différentes traditions disciplinaires. On mentionnera principalement l’Analyse de Réseaux Sociaux (Social Network Analysis), qui dérive des recherches effectuées sur la Théorie des Graphes en mathématiques, puis en sociologie et en histoire, ainsi que l’analyse spatiale des réseaux, issue quand à elle de la géographie et de la physique. Ces nouvelles méthodes visent à mieux caractériser et comparer la structure de ces systèmes de relations, voire à restituer les réseaux d’interactions suggérés par la mobilité des objets à l’intérieur d’un territoire.
 
La thématique des réseaux archéologiques est ainsi aujourd’hui en pleine expansion. De nombreux colloques leurs sont dédiés chaque année, et le nombre de publications sur la question a explosé au cours de la dernière décennie. Il semblait nécessaire de faire le point sur cette multitude d’approches nouvelles, et de discuter de leurs apports à la palette d’outils des archéologues, tout comme de leurs limites. Au-delà de l’effet de mode, cette école avait à cœur de contribuer à promouvoir l’intégration raisonnée de ces méthodes (sans rejet de principe ni confiance aveugle) dans la palette des outils des archéologues. En ce sens, de nombreux retours de participants ont souligné leur satisfaction envers cet apprentissage critique, qui leur permettra une application équilibrée de ces méthodes à leurs propres recherches.

 Un panorama méthodologique large pour des retombées dans de nombreux champs de l’archéologie

Au-delà des notions larges nées du dialogue avec les autres sciences, la question des réseaux anciens ouvre un large panel de champs d’étude en archéologie (réseaux, d’échanges, interactions, réseaux urbains, réseaux routiers, réseaux culturels, etc.). La formation avait pour objectif d’initier les participants aux principes théoriques et aux possibilités d’application des principaux champs méthodologiques couverts par le concept de réseau en archéologie :

  • Analyse de la structure des réseaux : Social Network Analysis (SNA).
  • Infrastructures des réseaux dans l’espace : Least Cost Path Analysis, Cost surface, Random walk.
  • Analyse des réseaux spatiaux : Modèles d’interactions spatiales.
  • Analyse de la diffusion des objets archéologiques à l’aide d’outils d’analyse de réseaux : Structures de diffusion, Analyses de coprésences d’artefacts, Analyse de similarités des assemblages archéologiques.
     
    Le passage en revue de ces méthodes a permis d’aborder plusieurs problématiques majeures en archéologie, en particulier le travail sur les réseaux routiers, les contraintes liées à la localisation des voies de circulation, l’analyse des réseaux d’échanges à travers l’étude de la diffusion des mobiliers exogènes, ou encore l’émergence des réseaux urbains.
     
    La force de ces différentes thématiques et méthodes repose sur leur applicabilité à un grand nombre de champs de recherche. Elle a permis de réunir pendant six jours des participants issus de champs disciplinaires particulièrement diverses, depuis les archéologues de terrain, chercheurs confirmés et doctorants, aux modélisateurs, statisticiens et géomaticiens. Ces différents profils couvraient des aires de recherche extrêmement variés, du paléolithique supérieur chilien à la période médiévale et moderne européenne, en passant par les âges des métaux et la période romaine. Cette grande diversité disciplinaire s’est révélée une richesse à de nombreux égards. Par son enthousiasme et son dynamisme, le groupe de participants hétérogènes en terme de statuts et de spécialités s’est rapidement fédéré autour de problématiques communes. Ces horizons disciplinaires variés ont profondément enrichi les discussions et débats.

 Une formation d’envergure européenne

La formation a réuni à Bibracte 21 participants en provenance de 8 pays européens (France, Allemagne, Belgique, Autriche, République Tchèque, Pologne, Suède et Turquie). Positionnée sur une appréhension très européenne de la formation, cette école thématique a rempli son objectif de dépasser l’hétérogénéité des traditions de recherche selon les pays et de faire émerger de nouvelles questions de recherche à l’échelle européenne.
Cette école thématique constituera donc un jalon important dans l’internationalisation de la formation sur ces thématiques et méthodes d’avenir.
 
L’école a également permis de renforcer les collaborations transfrontalières entre les institutions partenaires en France et en Allemagne (Centre Archéologique Européen de Bibracte, UMR AOROC-ENS Paris, Université de Kiel, Université Franco-Allemande). Ces collaborations devraient se pérenniser dans les années à venir avec l’organisation commune de nouveaux évènements scientifiques, ainsi que des projets de recherches faisant intervenir des chercheurs de ces différents horizons.

 Comité d’organisation

  • Oliver Nakoinz, Privat-docent à l’Institut d’Archéologie pré- et protohistorique, Université de Kiel, Allemagne,
  • Katherine Gruel, directrice de recherches CNRS, École normale supérieure, France,
  • Clara Filet, doctorante, Université Paris 1, France,
  • Franziska Faupel, doctorante, Université de Kiel, Allemagne,
  • Vincent Guichard, Directeur de l’EPCC Bibracte.

 Institutions

  • CNRS, Formation Permanente.
  • Laboratoire AOrOc, UMR 8546 CNRS ENS-PSL Paris.
  • Institut d’Archéologie pré- et protohistorique Université de Kiel, Allemagne.
  • Université Franco-Allemande / Deutsch-Französische Hochschule.
  • Centre de recherche de Bibracte Glux-en-Glenne, France.

 Programme

Avec la participation de Olivier Buchsenschutz, dir. recherche émérite
CNRS, ENS France, Patrice Brun, Professeur, Université Paris 1 France, Catalin Popa, Post-doctorant, Université de Leiden Pays-Bas et Fabrice Rossi, Professeur, Université Paris 1 France.

  • Bloc 0 : Introduction au logiciel libre R (facultatif) (O. Nakoinz, C. Filet and F. Faupel) Cours introductif à l’utilisation du logiciel R, à destination des participants n’ayant aucune pratique de ce langage de programmation et de l’utilisation de scripts.
  • Bloc 1 : Réseaux en archéologie : réflexion et enjeux (O. Nakoinz, P. Brun and O. Buchsenschutz) Présentation du contexte théorique du travail sur les interactions et les réseaux des sociétés anciennes. Les différents types de réseaux, les moyens de les identifier et de les restituer sont abordés, ainsi que les approches non informatisées des réseaux d’interactions dans un territoire.
  • Bloc 2  : Analyse des réseaux sociaux (O. Nakoinz) Initiation aux méthodes d’analyses de réseaux sociaux. Différents indices de centralité sont abordés pour quantifier des comparaisons entre plusieurs structures d’organisation de réseaux issus de différentes régions et périodes.
  • Bloc 3  : Systèmes d’échanges dans l’espace : (F. Faupel) Les interactions anciennes sont contraintes par la distance entre les deux acteurs. La journée portera sur les itinéraires de parcours dans un paysage avec l’analyse de la structure routière, l’identification des facteurs amenant à la localisation de la voie de passage et l’analyse des chemins de moindre coût.
  • Bloc 4 : Approcher l’organisation des systèmes d’échanges (C. Filet, F. Rossi) L’essentiel des interactions anciennes, leurs acteurs et leur intensité ne sont pas connus des archéologues. La journée sera dédiée aux moyens d’approcher l’organisation des systèmes d’échanges anciens en l’absence de sources textuelles grâce aux modèles d’interactions spatiales et à l’étude de la structure de diffusion du mobilier archéologique.
  • Bloc 5 :Bénéfice et utilité des analyses de réseaux en archéologie (C. Popa and participants) Retour critique sur les différentes méthodes, leur applicabilité et leurs limites.

 Bilan

Les objectifs de cette formation étaient doubles :

  1. proposer un état des lieux de ces différentes approches des notions d’interaction et de réseaux, et de discuter de leurs apports à la réflexion sur les interactions sociales, culturelles et économiques anciennes ;
  2. aider à la prise en main d’un outil permettant leur application sur les recherches des participants (introduction au langage R et à son environnement de travail RStudio).
     
    Au terme de cet évènement, l’essentiel de ces objectifs scientifiques semblent avoir été atteints. La formation particulièrement dense a permis de couvrir les thématiques et méthodes annoncés du point de vue théorique et d’introduire leur application pratique. Le retour critique sur chacune des méthodes a été particulièrement suivi, et les débats ont été considérablement enrichis par la diversité des participants et intervenants en terme de champs de recherche et de statut. Ce cadre de réflexion hautement stimulant devra ouvrir sur d’autres formations de ce type dans les années à venir.

 Bibliographie

  • Mills B. (2017). Social network analysis in archaeology. Annual Review of Anthropology, (46), 379‑397. https://doi.org/10.1146/annurev-anthro-102116- 041423.
  • Collar A., Coward, F. Brughmans T., & Mills B. (2015). Networks in archaeology : phenomena, abstraction, representation. Journal of Archaeological Method and Theory, (22), 1‑32.
  • Knappett C. (2014). Analyse des réseaux sociaux en archéologie. Paris : Maison des sciences de l’homme  : Ed. Errance.
  • Brughmans T. (2010). Connecting the dots : towards archaeological Network analysis. Oxford Journal of Archaeology, 29(3), 277‑303.

 A voir sur le web


Organismes partenaires :

AOrOc - UMR 8546-CNRS/ENS Bibracte, Centre archéologique européen -Mont Beuvray CNRS-Centre National de la Recherche Scientifique ENS - École normale supérieure - PSL Université franco allemande - Saarbrücken