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Apollonia d’Illyrie (Albanie)

Collaboration Stéphane VERGER


Dernière modification : 11 septembre 2017

La cité grecque est explorée depuis 1994 par une mission archéologique du Ministère des Affaires Étrangères dirigée par Jean-Luc LAMBOLEY (Université de Lyon 2) en collaboration avec l’Institut Archéologique de l’Albanie. L’UMR 8546 est associée, avec l’Institut de Recherche en Architecture Antique, à un programme sur la topographie de la ville haute, mené depuis 2004 par les Écoles Françaises de Rome et d’Athènes et coordonné par Stéphane VERGER, François QUANTIN et Saïmir SHPUZZA.

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 Localisation de la cité

Apollonia d’Illyrie est une cité grecque située dans le district de Fier (sud-ouest de l’Albanie), à environ 7 km au sud-ouest de la ville de Fier.

 

 

 Topographie archéologique de la ville haute


Apollonia, prospections électriques ©MAFAI
Apollonia, prospections électriques ©MAFAI

Les prospections géophysiques effectués par Michel DABAS de la société Géocarta et les sondages topographiques ont révélé, entre les deux acropoles de la ville, trois quartiers d’habitations formés d’îlots étroits séparés par des sténopoi remontant à l’époque archaïque, peut-être au moment de la fondation de la cité par les Corinthiens à la fin du VIIe siècle avant J.-C. Durant l’époque hellénistique, une grande place publique rectangulaire a été installée au pied d’une des collines, détruisant en partie les quartiers anciens. Elle est bordée au nord par un portique de plus de 120 mètres de long dont ne subsistent que les fondations et les vestiges de la décoration architecturale qui ont échappé au démantèlement complet du monument au IIe ou IIIe siècle après J.-C.
Fig. : Dans la ville haute, entre les deux acropoles, les prospections électriques ont révélé trois quartiers « réguliers hétérogènes » remontant à l’époque archaïque, au nord, et la grande agora hellénistique rectangulaire bordée par un portique à 23 colonnes, au sud, au pied de la « colline 104 ».

 Le portique de l’agora hellénistique


Apollonia, fouilles du secteur 15 ©MAFAI
Apollonia, fouilles du secteur 15 ©MAFAI

Dans les dernières années, la fouille s’est concentrée sur cet édifice, le plus imposant de la ville, et sur la superposition des constructions dans cette zone entre la fin du VIIe siècle avant J.-C. et le début du IIIe siècle après J.-C., qui témoigne des transformations de l’espace urbain aux abords de ce qui devait être l’agora de la cité depuis l’époque archaïque ou classique. On a ainsi mis au jour les restes d’un bâtiment semi-circulaire très mal conservé qui pourrait être le bouleutérion hellénistique détruit au moment de la construction du portique. On a d’ailleurs découvert à proximité deux tablettes de plomb inscrites du Ve siècle avant J.-C. qui portaient les textes de deux décrets et d’une prière.
Fig. : Dans le secteur 15, la superposition des vestiges permet de reconnaître un îlot bordé par deux sténopoi remontant à l’époque archaïque et les fondations d’un bâtiment public semi-circulaire recoupé par celles du grand portique hellénistique détruit lui-même avant le milieu du IIIe siècle après J.-C.

 Une riche série de céramiques archaïques et classiques


Apollonia, aryballe du VIe siècle avant J.-C. ©MAFAI
Apollonia, aryballe du VIe siècle avant J.-C. ©MAFAI

L’UMR 8546 est chargée plus particulièrement de l’étude de la céramique archaïque et classique, que les fouilles menées depuis 2006 ont restituée en grande abondance. C’est la première fois qu’une série complète provenant de couches stratifiées d’une colonie corinthienne de l’Adriatique peut être examinée de manière exhaustive. Parmi les premiers résultats, on peut mentionner l’identification : de couches contemporaines de la fondation de la cité, vers la fin du VIIe siècle avant J.-C. ; de la diversité des importations – corcyréennes, ioniennes, attiques et laconiennes – dès les premiers temps de la colonie, mais aussi du développement précoce de productions locales et régionales de très grande qualité, parfois décorées de frises figuratives de type corinthien ; de la modification des services avec le développement d’une production locale de céramiques à vernis noir dès l’époque classique, bien identifiée notamment grâce à un remblai qui a restitué un service de banquet complet des environs de 400 avant J.-C. L’identification certaine de l’origine des diverses productions nécessite le recours aux analyses physico-chimiques, qui devraient être effectuées dans le cadre d’un projet de recherche franco-allemand.
Fig. : Attribué au style corinthien moyen, cet aryballe à tête féminine pourrait être une production corcyréenne de la première moitié du VIe siècle avant J.-C.

 


Auteurs
Stéphane VERGER, directeur d’études EPHE - UMR 8546,
François QUANTIN, maître de conférence université de Pau - IRAA,
Saïmir SHPUZZA, chercheur - Institut Archéologique de l’Albanie,
Philippe LENHARDT, architecte INRAP.

Copyright des illustrations : Mission archéologique franco-albanaise d’Apollonia d’Illyrie (MAFAI)