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L’étude des monnayages gaulois


Dernière modification : 7 septembre 2017

Katherine GRUEL

 

Les Celtes utilisent la monnaie à partir du troisième siècle avant n.è. Cependant l’usage monétaire et le degré de monétarisation de l’économie sont différents selon les régions.

En l’absence de témoignages écrits par les acteurs économiques eux-mêmes de la Gaule, en pleine mutation à La Tène Finale, force est de considérer les monnaies comme des vestiges matériels essentiels pour la compréhension de cette civilisation disparue dont on commence à saisir la complexité sociale, politique et économique.

 

Pour aborder l’économie des sociétés protohistoriques, il apparaît indispensable d’associer les approches numismatiques traditionnelles à d’autres, plus archéologiques ou plus techniques.

 

La confrontation des données numismatiques et archéologiques permettra seule de reconstituer l’évolution de l’usage monétaire en Gaule entre le IIIe siècle avant et le Ier siècle de notre ère.
Déjà, les résultats obtenus sur les deux régions où se concentrent mon activité de recherche (Armorique et Bourgogne) soulignent l’existence de particularismes régionaux et de décalages chronologiques, sensibles dans d’autres domaines de la recherche archéologique.

 1- Les progrès de l’usage monétaire en Gaule

Les grandes phases de la monétarisation en Gaule sont indéniablement liées à d’autres phénomènes comme :

  • le mercenariat celte auprès des grands conquérants méditerranéens
  • l’urbanisation,
  • les progrès de l’artisanat et du commerce,
  • l’évolution des pratiques rituelles,
  • l’influence des civilisations méditerranéennes.

 

Or, l’étude archéologique des sites révèle de profonds bouleversements culturels et économiques entre le IIIe s. et le Ier siècle av. J.-C. :

  • développement des marchés,
  • développement du commerce à longue et moyenne distance,
  • création de vastes centres artisanaux,
  • fermes prospères côtoyant les villages,
  • introduction progressive de l’usage monétaire.
    Cependant, on constate aussi des particularismes régionaux dans l’usage monétaire.

 2- Les trésors monétaires

Lire l’article à propos du documentaire L’histoire en pièces : les Gaulois.

Qu’est –ce qu’un trésor ?

Un trésor est la découverte d’un lot d’objets ou de monnaies auquel le découveur attribue une valeur marchande importante. Donc, pour un de nos contemporains, cela sera des monnaies surtout d’or et d’argent, des pierres précieuses, des bijoux et parure, éventuellement de la vaisselle métallique. On parlera plutôt de dépôts pour la céramique, les haches à douille, l’armement.

 

Le chercheur s’attachera à reconstituer les conditions qui ont conduit à l’existence de cet ensemble. Pour cela, il s’appuiera autant sur le contexte de la découverte, tant au niveau du site que de la région, que sur l’étude exhaustive du trésor lui-même. Un trésor monétaire correspond à un prélèvement sur la circulation monétaire au moment de sa constitution. Celui–ci peut être lent, on parlera alors de trésor d’épargne ou d’accumulation, c’est la tirelire ou « le bas de laine de nos grands-mères ». Il peut aussi être constitué dans la hâte ou du moins pour une raison précise, en quelques jours, c’est le cas des trésors de fuite, des encaisses militaires. Le choix des monnaies thésaurisées ne sera pas le même. Cette sélection et les conditions dans laquelle elle a été faite sont bien évidemment riches d’enseignements.

 3- Les trésors armoricains, une spécificité régionale

Une des particularités de l’Armorique est en effet la rareté des monnaies dans les habitats gaulois. Pourtant, les séries monétaires armoricaines sont connues par un très grand nombre de pièces de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers. Elles ont essentiellement été trouvées en dépôts. La plupart d’entre eux est conservée au musée de Bretagne de Rennes (35). Ces trésors sont exclusivement constitués de séries monétaires armoricaines. Ils sont généralement homogènes à quelques exceptions près. Les enfouissements d’une partie d’entre eux semblent liés à la guerre des Gaules. Les plus abondants sont les trésors dits coriosolites, ceux- ci tracent une ligne de fuite dont l’épicentre se place dans la région d’Avranches. La plus forte concentration de ces trésors se trouve sur l’île de Jersey où une dizaine de dépôts ont été mis au jour. Il s’agit probablement des fonds réunis par la fédération des armoricains coalisés contre César en 56 av. J.-C. et battus par le légat sur le territoire des Unelles. Cependant, les dernières découvertes faites en contexte archéologiques comme Liffré, Rannée, Laniscat montrent que ces trésors sont d’une autre nature. Ils ont tous été trouvés à proximité immédiate d’enceintes gauloises. Les monnaies qui les composent correspondent aux séries du territoire avoisinant. Il semble donc s’agir de caches monétaires liées à la « ferme indigène » voisine qui fonctionne à une époque contemporaine. Ceci dénoterait une certaine insécurité mais aussi la richesse des habitants, ces trésors avoisinant parfois le millier de pièces de billon (alliage argent-bronze)

 Bibliographie, pour en savoir plus :

BUCHSENSCHUTZ O., COLIN A., GRUEL K., RALSTON I. B. M., Approche du territoire au deuxième Âge du Fer. In : DAUBIGNEY A. (dir.)., Fonctionnement social de l’Âge du Fer : opérateurs et hypothèses pour la France. Lons-le-Saunier : Centre jurassien du patrimoine, 1993, p. 247-258, 9 fig., bibliogr. p. 258.

 

Armorique

  • GRUEL K., Chronologie relative des monnayages de billon vénète et coriosolite. In : CARRADICE I. A. (éd.) ; Proceedings of the 10th international congress of numismatics, London, I 1989, p. 131-136, 1 carte, 1 pl. h.t. . (Publication - International Association of professional numismatists ; 11).
  • GRUEL K. et coll., Les monnaies gauloises en Armorique : présence ou absence dans l’habitat . In : DUVAL A. (éd.), LE BIHAN J.-P. (éd.), MENEZ Y. (éd.)., Les Gaulois d’Armorique : la fin de l’Âge du Fer en Europe tempérée., Rennes : Revue archéologique de l’Ouest. Supplément ; 3,1990, p. 64-69, 4 fig., rés. en fr., angl., bibliogr. p. 69.).
  • GRUEL K., MORIN E., Les monnaies celtes du Musée de Bretagne. Rennes : Musée de Bretagne ; Paris : Maison Florange, 1999. 206 p., ill., pl. photogr., bibliogr. p. 41-45. ISBN 2-911440-37-4.

 

Centre - Est

  • GRUEL K., L’alignement du denier gaulois sur l’étalon romain : datation et impact économique. In : METZLER J. (éd.), WIGG-WOLF D. (éd.)., Die Kelten und Rom : neue numismatische Forschungen. Mainz am Rhein : Akademie der Wissenschaften und der Literatur : P. von Zabern, 2005, p. 29-37, 2 fig., 3 tabl., notes bibliogr. (Studien zu Fundmünzen der Antike ; 19).
  • GRUEL K., POPOVITCH L., Les monnaies gauloises et romaines de l’oppidum de Bibracte. Glux-en-Glenne : Bibracte, Centre archéologique européen, 2007, 384 p., 408 ill., [110] pl. (Bibracte ; 13).