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Économie et techniques de la construction romaine


Dernière modification : 7 septembre 2017

Personnes engagées dans ce thème de recherches
 
ENS : DESSALES Hélène (ENS, IUF) - CAMPOREALE Stefano (Post-doctorant, Bourse Marie Curie) - LETELLIER Éloïse (CRD, ENS-INHA) - PÉRON Ambre (CRD, ENS-INHA).

Collectivités territoriales : BRISSAUD Laurence (Musée et site de Saint-Romain-en-Gal) - CORMIER Sébastien (MADE) - PRISSET Jean-Luc (Musée et site de Saint-Romain-en-Gal).

Sociétés d’archéologie préventive : COUTELAS Arnaud (Arkemine) - LOISEAU Christophe (Eveha).

 Présentation du thème Économie et techniques de la construction romaine


Par Hélène DESSALES
L’objectif de ce programme est d’envisager la construction antique comme une production socio-économique, qui résulte de gestes et de pratiques professionnelles définies. Une telle approche, en plein développement depuis plusieurs années, permet de renouveler notre connaissance des monuments, en nous permettant de passer du domaine de l’architecture, bien exploré sous l’angle de typologies monumentales ou stylistiques, à celui de la construction. C’est donc une histoire technologique de l’architecture qui est proposée ou, pour le dire autrement, une histoire qui considère la technique comme l’élément moteur à partir duquel interroger l’environnement bâti. Or, pour l’Antiquité, cette approche n’a été abordée que de façon ponctuelle et l’archéologie de la construction romaine reste encore à renforcer, pour participer pleinement au réseau international d’histoire de la construction, constituant un domaine d’étude à part entière :
Sociedad Española de Historia de la Construcción, Instituto Juan de Herrera - www.sedhc.es
Construction history society.

 

fig.1
fig.1

Si les études de cas se sont récemment multipliées sur des chantiers de construction romains, comme en témoignent quatre rencontres internationales organisées très récemment (lien vers publications / fichier « colloques construction »), nous manquons encore de synthèses pour les appréhender dans leur globalité et dans leur économie interne. (fig. 1 : Carte des études de cas abordées au cours des trois premières rencontres Archéologie de la construction romaine (2007, 2008, 2009) © S. Camporeale, H. Dessales, A. Pizzo).
Il s’agit plus précisément d’interroger la notion d’économie de la construction, en fonction d’un double niveau d’interprétation :

Outils de maçon, Relief de Pompéi (IX 2, 5) ©H. Dessales
Outils de maçon, Relief de Pompéi (IX 2, 5) ©H. Dessales
  • D’une part, l’économie interne des chantiers (au sens de bonne administration des biens), c’est-à-dire la gestion du processus constructif et l’organisation du cycle de production, fondée sur le traitement des matériaux, les types de techniques, la répartition des maîtrises d’œuvre, la définition des corps de métiers et les temps d’exécution ;
  • D’autre part, l’insertion du chantier dans un plus ample contexte économique, qui s’exprime évidemment par le coût réel et chiffré des travaux, mais intègre là encore une chaîne de rapports juridiques et sociaux, de l’implantation du chantier à la détermination des acteurs et des financeu

 

Pluridisciplinarité de l’approche

Le projet implique donc une approche pluridisciplinaire, en sollicitant à différents champs d’étude dans le domaine des sciences humaines : archéologie (bâti, environnement), épigraphie, économie, droit de la construction, histoire des techniques. Il fait également appel à la géologie, notamment pour l’identification des matériaux de construction et leur caractérisation, ainsi qu’à l’informatique, pour la restitution tridimensionnelle et photogrammétrique des édifices. Il s’inscrira à ce titre dans une collaboration entre l’UMR 8546, l’UMR 8538 (Laboratoire de géologie) et l’UMR 8548 (Laboratoire d’informatique) de l’ENS, bien établie depuis 2007 et développée à travers plusieurs études de cas (Ostie, Pompéi, Arles). Des liens privilégiés ont été engagés avec des partenaires étrangers, en particulier l’Université de Sienne, l’Université de Padoue et le CSIC.
Fig 4a et b Etude des aqueducs d’Arles (2008-2012), associant archéologues et géologues (copyright J. CARLUT, H. DESSALES)

 

Plusieurs thématiques sont développées :

  1. Origine et production des matériaux de construction.
  2. Construction des réseaux hydrauliques.
  3. Gestion du risque sismique dans les constructions romaines.
  4. Archéologie de la construction et vision artificielle (cf l’opération de terrain sur la Villa de Diomede, décrite plus bas. Voir également l’article « 3D object and scene modeling, analysis, and retrieval » sur le site de l’INRIA)
    Avec un vaste cadre géographique, plusieurs opérations de terrain permettent d’aborder des études de cas, afin de restituer différentes dynamiques de chantier dans des contextes différents, en Italie et dans les provinces occidentales et orientales de l’empire. : Pompéi (Italie) ; site des Petits Jardins (forêt de Tronçais, Allier) ; Saint-Romain-en-Gal (France) ; Aléria (Corse) ; Sala (Maroc) ; Antioche (Turquie).

 

Un séminaire hebdomadaire est consacré à l’archéologie de la construction romaine, cohabilité avec l’Université de Paris 1 (niveau Master). Il propose une approche globale et thématique, du « gros œuvre » aux travaux de finitions des chantiers.

 Origine et production des matériaux de construction

Par S. CAMPOREALE, S. CORMIER, A. COUTELAS, H. DESSALES, C. LOISEAU.
L’étude de la circulation des matériaux de construction, de l’échelle locale à celle de vastes territoires, constitue un des développements thématiques de l’équipe. Par l’étude archéologique des matériaux, éventuellement associée à l’épigraphie (dans le cas où ils portent des inscriptions liées à leur production, comme les blocs ou terres cuites architecturales), mais aussi à la pétrologie, il est possible de restituer leur cycle de production des matériaux et d’en suivre la diffusion. Ce circuit des matériaux fournit bien souvent des indications sur les maîtres d’œuvre, leur statut et leur déplacement. L’interrogation sur les savoirs professionnels et la représentation des métiers est un champ qui s’est considérablement renouvelé dans les dernières années pour l’Antiquité, notamment au contact des recherches des historiens médiévistes et modernistes. L’équipe s’est ainsi spécialisée dans l’histoire sociale de la production, en s’intéressant plus particulièrement aux métiers de la construction. Il s’agit tant d’étudier les gestes en pratique dans les chantiers édilitaires (capacités d’innovation, évolution, diffusion dans le monde gréco-romain), que les rapports de dépendance qui en lient les différents acteurs. La production et la mise en œuvre de matériaux spécifiques sont étudiées par plusieurs membres de l’équipe en Italie, dans les Gaules et en Afrique du Nord : types de tuiles et de briques ; usage des métaux dans l’architecture ; importation et fonctions des marbres antiques et de leurs succédanés régionaux ; production des liants architecturaux.

 

Pompéi, château d’eau n°7, Microphotographie du mortier de maçonnerie©A. Coutelas
Pompéi, château d’eau n°7, Microphotographie du mortier de maçonnerie©A. Coutelas
Pompéi, mortier de chaux dans les joints de l’élévation du château d’eau n°10 © H. Dessales
Pompéi, mortier de chaux dans les joints de l’élévation du château d’eau n°10 © H. Dessales

La Microphotographie ci-contre à gauche, montre des fragments de laves dispersés dans la matrice de chaux de couleur beige (microscope optique en transmission, lumière polarisée non analysée ; le champ de l’image fait 1,5 mm de diamètre).

 

 

 

 

 

 

 

Les réseaux hydrauliques

Par J.-L. PRISSET, H. DESSALES, L. BRISSAUD

Fig.5
Fig.5

Un intérêt particulier a été accordé aux monuments de l’eau, aqueducs, réseaux urbains et châteaux d’eau (Pompéi, Arles, Saint-Romain-en-Gal, Aléria, Antioche), qui posent des problèmes de conception technique complexes. Les études archéologiques sont associées à l’étude épigraphique des estampilles de tuyaux, en particulier à Saint-Romain-en-Gal : ces éléments, remis dans leur contexte, permettent une meilleure approche de la « fabrique urbaine » et de son évolution sur le long terme. Les études conduites sur le terrain sont enrichies par des collaborations avec des géologues de l’UMR 8538 (ENS-CNRS) et de l’Institut de Physique du Globe de Paris. Elles permettent d’associer données architecturales et environnementales, à travers l’exploitation des ressources naturelles (eau, matériaux de construction), mais aussi à travers la gestion du risque sismique dans les techniques de construction (Pompéi, Antioche).
Fig. 5 : Exemple d’archéologie de la construction d’un des châteaux d’eau de Pompéi © N. André pour PAO, H. Dessales)

Gestion du risque sismique dans les constructions romaines

Par H. DESSALES, J. de SIGOYER

Fig. 6
Fig. 6

Ce thème de recherche sera particulièrement développé dans les années à venir, à savoir le lien entre techniques de construction et risque sismique. L’étude des impacts sismiques permet ainsi d’aborder, dans des situations de crise, les changements économiques imposés par la gestion des catastrophes environnementales. L’UMR 8546 a pour cela mis en place un axe de recherche commun avec le laboratoire de géologie de l’UMR 8538, consacré à l’archéo-sismicité. En sélectionnant un ensemble de sites significatifs, il s’agit d’étudier de façon approfondie les traces de sismicité, d’un point de vue archéologique et géologique, mais aussi d’évaluer le rôle les anticipations et préventions à l’époque romaine, permettant de définir la possibilité une culture « anti-sismique » dans le choix des techniques de construction et le choix des matériaux Nous avons pour cela adopté une approche locale, en choisissant deux sites : Pompéi et Antioche. Ce champ d’étude prometteur sera poursuivi dans les prochaines années, par une collaboration plus étroite avec l’UMR 8538, l’IPG, l’Université de Liège et l’Université de Padoue, notamment avec des études d’ingénierie pour tester la résistance sismique des édifices.
Fig. 6 : Exemple de réparation post-sismique à Pompéi, avec bouchage d’une baie dans les Thermes de Stabies (VII 1, 15)

 Opérations de terrain

1. Pompéi, la Villa di Diomede : des architectes du Grand Tour aux archéomètres d’aujourd’hui.
Par H. DESSALES, F. MARCHAND-BEAULIEU, F. MONIER, J. PONCE, Y. UBELMANN, avec la collaboration d’A. MILANESE (Soprintendenza speciale di Napoli e Pompei)

2. D’eau et de pierre : le réseau hydraulique de Pompéi et son bâti
Par J. CARLUT, A. COUTELAS, H. DESSALES (dir.), J. de SIGOYER

Hors Italie :

3. Aléria (Corse)
Par A. COUTELAS & C. LOISEAU

4. Sala : nouvelle étude du chantier de construction du Capitole
Par S. CAMPOREALE

5. L’aqueduc d’Antioche-sur-l’Oronte (Antakya) : une étude des impacts sismiques dans l’Antiquité. Archéosismicité à la jonction de la faille est-anatolienne et de la faille de la mer morte (Turquie).
Par J. CARLUT, H. DESSALES, A. HUBERT-FERRARI, J. de SIGOYER, avec la collaboration d’H. PAMIR (Mustafa Kemal University), Volkan KARABACÀK, Ehran ALTUNEL (Univ. Osmangazi).