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Paraître et modes vestimentaires des Celtes

documentation liée au séminaire 2016


Dernière modification : 6 septembre 2017


Les folkloristes et les ethnologues ont démontré que le signe vestimentaire était fortement codifié. La façon de porter le costume, mais aussi de le regarder et de l’interpréter, est le reflet de normes sociales. Pour les sociétés de l’âge du Fer européen, en raison de la parcimonie des sources écrites, les données funéraires sont généralement celles qui se prêtent le mieux à l’analyse du costume. Dans le cadre de cette réflexion sur les usages vestimentaires (vêtement, parure, attributs et manière de porter) nous nous efforcerons de dévoiler certains traits significatifs en tenant compte des critères de genre, d’âge et de statut. Nous essaierons de définir la spécificité de certains de ces groupes sociaux et régionaux et leur évolution. Pour cela nous envisagerons les différentes sources disponibles (archéologiques, iconographiques et textuelles) et essaierons de les éclairer à la lumière des acquis de l’anthropologie.

Paraître et modes vestimentaires des Celtes de l’âge du Fer
Pierre-Yves MILCENT, Jean-Jacques CHARPY et José GOMEZ de SOTO animeront le séminaire du 21 mars 2014, salle F, 10H-12H30, rue d’Ulm, Paris

 SE VETIR ET PARAITRE DANS LE CENTRE-EST DE LA FRANCE, DU BRONZE FINAL A LA TENE ANCIENNE.

L’EXEMPLE DES DEPOTS NON FUNERAIRES ET DES SEPULTURES
Pierre-Yves MILCENT (Université de Toulouse 2 le Mirail, TRACES UMR 5608

. L’EXEMPLE DES DEPOTS NON FUNERAIRES ET DES SEPULTURES

Etudier les costumes et leurs significations sur la longue durée est difficile dans le Centre-Est de la France comme dans bien d’autres régions. Les contextes dans lesquels l’information archéologique est conservée varient en effet d’une époque à une autre et sont soumis à des évolutions qui interfèrent avec nos grilles de décodage. A partir de différents sites, connus ou inédits, nous ferons néanmoins le point sur l’état de nos connaissances. Nous tenterons ainsi de mieux cerner ce que les sociétés protohistoriques voulaient dire d’elles-mêmes au travers des costumes.

Bibliographie :

- AUGIER (L.), MENNESSIER-JOUANNET (Chr.), MILCENT (P.-Y.), ORENGO (L.), RIQUIER (S.). - La France centrale aux IVe-IIIe s. av. n. ère (Auvergne, Berry et Orléanais). In : MENNESSIER-JOUANNET Chr., ADAM A.-M., MILCENT P.-Y. (éd.). La Gaule dans son contexte européen aux IVe et IIIe s. av. n. è. Actes du XXVIIe colloque international de l’AFEAF, Clermont-Ferrand, 29 mai-1er juin 2003, Monographies d’Archéologie Méditerranéenne, 2007, p.117-176.

- BLAIZOT (F.), MILCENT (P.-Y.), avec la coll. de DE GOËR DE HERVE (A.), MACABEO (G.), MOULHERAT (C.), PLANTEVIN, (C.), OBERLIN (C.), SURMELY (F.). - L’ensemble funéraire Bronze final et La Tène ancienne de Champ-Lamet à Pont-du-Château (Puy-de-Dôme). Société Préhistorique Française, Travaux 3, 2002, 164 p., 34 fig., 47 pl.

- BLAIZOT (Fr.), DOUSTEYSSIER (B.), MILCENT (P.-Y.), avec la coll. de ARMBRUSTER (B.), CABANIS (M.), COIN (D.), COMBES (P.), GRATUZE (B.), JALLET (Fr.), PLANTEVIN (C.), MACABEO (G.), VERNET (G.). - Les ensembles funéraires du Bronze final et de La Tène ancienne des Martres-d’Artière, Puy-de-Dôme. Société Préhistorique Française, Travaux, à paraître.

- MILCENT (P.-Y.). - Le premier âge du Fer en France centrale. Société Préhistorique Française, mémoire XXXIV, 2004, 2 vol., 718 p. dont 132 pl.

 LA QUESTION DE L’ETHNOGRAPHIE CELTIQUE, AU TRAVERS DE L’EXEMPLE DE LA CHAMPAGNE)


Jean-Jacques CHARPY (Epernay

Pour tenter de répondre à cette question, il faut, dans un premier temps, essayer de cerner les motivations qui conditionnent le port d’un ou plusieurs objets. L’étude des fréquences apporte une aide précieuse. Le raisonnement peut s’appliquer tout autant aux structures mais dans ce cas, il permet de détecter plus facilement les apports exogènes. Enfin, une analyse des formes et de la stylistique permet certes de détecter des ateliers mais la dispersion des productions peut parfois révéler des faciès ethnographiques. La réponse vient principalement du domaine funéraire même si certains objets, par eux-mêmes nous renseignent sur des coutumes vestimentaires par exemple.

  • Les structures funéraires.

    En Champagne, une catégorie de structures funéraires contribue à définir une ethnographie exogène. Ce sont les petits enclos quadrangulaires qui caractérisent la période de la fin du IVe siècle et le début du IIIe siècle avant J.-C. Ils sont parfaitement concomitants avec l’arrivée de petits groupes humains venant d’Europe centrale qui est confirmée par la présence d’autres indices issus des mobiliers funéraires. Cette pratique d’abord exclusive va se diffuser rapidement pour devenir un usage général bien illustré plus tardivement dans le milieu des Rèmes avec les nécropoles composées de multiples enclos quadrangulaires accolés les uns au autres.

  • Les gestes funéraires.

    En ce qui concerne la Champagne, on peut considérer comme un véritable marqueur ethnographique le dépôt de la céramique dans les sépultures. Sa composition est tout au long de la période laténienne marquée par des vases conteneurs et des vases pour la consommation avec pour variante, au début, les vases à puiser. La notion de banquet suit donc une évolution dans le temps, surtout manifeste à la Tène finale avec un élargissement du service que l’on retrouve avec le déplacement de populations issues du milieu Rème jusque dans le sud de la Grande-Bretagne.

  • Les mobiliers funéraires.

    Masculins. L’étude ethnographique liée aux objets de parure masculins est quasiment impossible vu le nombre limité du corpus où dominent certes les fibules. Celles-ci, bien souvent en fer dans les phases récentes relèvent le plus souvent d’un archaïsme par rapport à celles du milieu féminin. Quant à l’armement, il témoigne du domaine sociologique puisqu’il ne concerne que les individus bénéficiant du statut d’hommes libres. Cependant des détails peuvent parfois apporter quelques indications ethnographiques. C’est le cas pour les poignards du Hallstatt final du domaine champenois par rapport à celui du sud de l’Allemagne. Plus encore, la série des épées à bouterolles circulaires ajourées a permis, par une analyse fine en chronologie, de déterminer la présence de militaires venus des régions occidentales de la Celtique (Champagne notamment) parmi les troupes qui se sont rassemblées dans la plaine du Danube en vue des conquêtes militaires vers les Balkans ou le delta du Danube. Mais l’analyse n’est pas aussi fine que celle apportée par l’étude des parures féminines.

    Féminins. On doit en préambule dire que tous les bijoux portés ne sont pas porteurs des mêmes informations et qu’ils ne sont pas en usage de manière égale dans toutes les populations. Ce pose donc la question de la pertinence du choix. L’exemple du torque représente bien cette variabilité et montre que la sélection d’une parure comme emblématique d’une population n’est pas une règle universelle. Il est clair que tous les codes vestimentaires nous échappent et à fortiori celui des couleurs utilisées comme d’autres détails. En Champagne, l’identité féminine se détermine dès la phase jogassienne par le port associé du torque à la paire de bracelets. Ensuite cet usage va évoluer et les modèles de parures vont connaître des formes plus stéréotypées permettant de suivre, par génération avec l’aide des autres composantes de l’équipement personnel, le développement des groupes en importance, les modifications stylistiques dans l’art et l’occupation des territoires. Pour ajouter une note liée à l’expression plastique, il suffit de considérer la forme et l’ornementation des anneaux de chevilles portés par les femmes boïennes de Bavière, de Bohême à ceux des populations de Pannonie, de Moravie puis par extension et voie de conséquence à ceux liés à l’arrivée de ces populations mis au jour en Champagne pour comprendre que la notion d’ateliers peut aussi recouvrir celle d’espaces géographiques et de populations.

    L’abandon du rite du dépôt des effets personnels dans la tombe dans la seconde moitié du IIIe ou le tout début du IIe siècle avant J.-C. rend par la suite plus difficile la détermination ethnographique des populations mais, c’est le moment où les Celtes entrant dans l’Histoire, les sources antiques vont venir combler avantageusement ce déficit d’information.

 CASQUES D’APPARAT, COUVRE-CHEFS ET SIGNES ELITAIRES AU SECOND AGE DU FER


José GOMEZ de SOTO (CNRS, UMR 6566 « CReAAH », université de Rennes 1)

Au cours du premier âge du Fer, dans certaines régions de l’Europe centrale et méditerranéenne, l’usage du casque apparaît courant, ainsi qu’en témoignent les cortèges de guerriers figurant sur les situles historiées. En revanche, les casques apparaissent peu nombreux dans les tombes.

La rareté des casques se confirme dans les sépultures du second âge du Fer. On ne les trouve que dans celles de personnages de haut rang : par exemple, pendant la période du La Tène ancien, essentiellement dans les tombes à char. Mais encore, ne s’agit-il que de casques fonctionnels de type courant en bronze ou en fer. La seule exception à cette règle est celui de Canosa dans les Pouilles, mais ce casque ne vient pas d’une tombe celtique…

- Les casques luxueux - dits d’apparat - ne figurent, de concert avec des casques de type courant (Gailtal en Carinthie) - que dans des contextes particuliers : sanctuaires (Saint-Jean-Trolimon, Agris, Tintignac) et autres lieux sacrés (dans la Seine à Amfreville). Pendant le La Tène ancien, une production de casques particulièrement somptueux pouvant associer pour leur fabrication fer, bronze, or, argent, corail, caractérise la Gaule de l’Ouest lato sensu, de Narbonne à l’Armorique et la Normandie. Plus tard, à partir du IIe siècle, une production baroque est illustrée par les casques du sanctuaire de Tintignac en Corrèze, et aussi par les reliefs des arcs romains de la Provincia.

- Les signes élitaires sont fort variés, des bijoux luxueux comme ceux des tombes de Reinheim ou de Waldalgesheim, aux couvre-chefs et aux modes capillaires spécifiques à l’aristocratie. Des couvre-chefs, le plus emblématique exemple est, au début du second âge du Fer, la coiffure à ailes latérales dite en double feuille de gui, un temps considérée comme attribut divin car connue uniquement par la petite toreutique et sa représentation sur des sculptures d’interprétation incertaine, mais désormais attestée en milieu funéraire aristocratique (mobilier et statues funéraires de la tombe de Glauberg en Hesse).

Bibliographie

  • BAITINGER H., 2006., Der frühkeltische Fürstensitz auf dem Glauberg - Stand der Erforschung (DFG publication en ligne)
  • FREY O.-H., F.-R. HERRMANN F.-R., 1997. Ein frühkeltischer Fürstengrabhügel am Glauberg im Wetteraukreis, Hessen. Bericht über die Forschungen 1994-1996, Germania 75, 1997, 459-550.
  • GOMEZ de SOTO J., VERGER S., 2010. Le casque d’Agris, chef-d’œuvre de l’art celtique occidental, L’Archéologue, 106, février-mars 2010, p. 56-59.
    MANIQUET C., en collaboration avec F. ADAMSKI, B. R. ARMBRUSTER, M. DRIEUX, L. ESPINASSE, T. LEJARS et P. MORA, 2009. Les guerriers gaulois de Tintignac, Editions Culture et Patrimoine en Limousin, Limoges.
    MANIQUET C. et al., 2008. Le dépôt cultuel du sanctuaire gaulois de Tintignac à Naves (Corrèze), Gallia, 65, p. 273-326.
  • MEGAW R., MEGAW V., 2001. Celtic Art. From its beginnings to the Book of Kells, Londres, Thames & Hudson, 312 p.
  • SCHAAFF U., 1988. Keltische Helme, Antike Helme. Sammlung Lipperheide und andere Bestände des Antikenmuseums Berlin, Mayence, Römisch-Germanisches Zentralmuseum, p. 293-317.

  • Séminaire du 21 mars 2014

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