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Siris-Poleion / Héraclée de Lucanie (Policoro, Basilicate, Italie)

Collaboration AOrOc


Dernière modification : 7 septembre 2017

Depuis 2014, une fouille franco-italienne est menée à Policoro en Basilicate, dans l’ancienne Siris devenue Héraclée de Lucanie au Ve siècle avant J.-C. Le programme est coordonné par l’Université de la Basilicate et l’UMR 8546 (EPHE et ENS). Il a pour but de mieux comprendre les dynamiques urbaines et culturelles dans ce site antique constitué d’une superposition de villes qui se sont succédé entre le VIIIe siècle avant J.-C. et le Moyen Âge.

Carte de Policoro
Carte de Policoro

 Localisation de la cité

Le site de Policoro a fait l’objet d’une attention particulière depuis les années 1960, notamment sous l’impulsion de Dinu Adamesteanu, le premier surintendant de la Basilicate. On y a reconnu l’ancienne colonie tarentine d’Héraclée de Lucanie et, à titre d’hypothèse, l’agglomération archaïque de Siris et la colonie de Polieion fondée au VIIe siècle avant J.-C. par des colons venus de Colophon en Ionie (Turquie). L’intérêt du site tient au fait qu’il présente une succession d’agglomérations superposées qui, chacune, est caractérisée par une organisation urbaine spécifique. C’est un véritable laboratoire à ciel ouvert pour étudier les dynamiques originales de formation et de transformation des villes de la Grande Grèce, du VIIIe au Ier siècle avant J.-C., et les formes complexes d’identités culturelles et politiques dans le cadre de relations changeantes entre sociétés grecques et communautés indigènes depuis l’époque géométrique et orientalisante jusqu’à l’époque de la romanisation.

 

 Topographie archéologique de la ville

Plan de Policoro
Plan de Policoro

Depuis 2014, un nouveau programme de fouilles franco-italiennes est mené par l’École de Spécialisation en Archéologie de l’Université de la Basilicate de Matera, l’École Pratique des Hautes Études et l’École normale supérieure (UMR 8546-AOrOc), dans le cadre d’une concession triennale accordée par la Surintendance archéologique de la Basilicate, en collaboration avec l’Université du Salento (Lecce). Trois zones de fouille ont été ouvertes sur le plateau qui constitue la ville haute fortifiée de l’agglomération et dans la petite vallée qui le borde au sud. Des prospections géophysiques ont également été effectuées sur le plateau et l’on envisage une étude géomorphologique dans le cadre du programme franco-italien CHORA financé par la région Basilicate et coordonné par l’Université de la Basilicate.

 Le grand édifice de l’îlot urbain I

Le premier secteur (sondage A) se trouve dans un grand édifice hellénistique à caractère public qui a été fouillé en 1968 et a fait ensuite l’objet de diverses interprétations. La fouille de la cour centrale a mis au jour de petites fosses quadrangulaires remplies de restes d’activités métallurgiques (scories, fragments de fours et de creusets) associés à une abondante série de flancs monétaires en bronze datables du IIIe-IIe siècle avant J.-C. Les déchets de fabrication permettent de restituer deux procédés d’obtention de ces flancs, dont les différentes étapes de fabrication sont documentées. On distingue aussi deux modules de monnaies et l’activité semble s’étendre sur une bonne partie de la surface de l’édifice qui, au moins pendant une partie de son existence, a donc servi d’atelier monétaire. Cette découverte importante renforce l’hypothèse selon laquelle l’agora d’Héraclée se trouvait dans la zone centrale du plateau de la ville haute.
Le portique qui borde la cour, qui portait une décoration architecturale hellénistique de style tarentin, a été détruit à la fin du IIe ou au début du Ier siècle avant J.-C., comme le montre une couche de tuiles associée à une série céramique homogène de cette époque. La présence de deux boulets de catapulte, d’un trait de scorpion et de pointes de flèche suggèrent que la destruction pourrait être liée à un événement militaire.
Le substrat géologique de la colline apparaît immédiatement au-dessous des niveaux hellénistiques. En effet, à la fin du IVe siècle ou dans la première moitié du IIIe siècle avant J.-C., tout le plateau a fait l’objet d’une profonde réorganisation urbanistique, précédée par un important aplanissement de sa partie centrale, où les couches archaïques et classiques ont été détruites.

 Un sondage stratigraphique sur le rebord sud du plateau

Sondage
Sondage

Ce n’est donc que sur les rebords du plateau que l’on a des chances de retrouver une stratigraphie complète conservée des occupations successives, depuis le début de l’époque orientalisante jusqu’ à la fin de l’époque hellénistique. Un sondage (B) a donc été implanté sur le rebord sud, dans une zone non fouillée précédemment, à l’angle d’un îlot de la ville hellénistique. Les deux premières campagnes ont permis de fouiller les niveaux hellénistiques, jusqu’à celui qui correspond à la phase de la grande réorganisation urbaine, dans la première moitié du IIIe siècle avant J.-C., et les niveaux classiques, exceptionnellement conservés. Ces derniers ont livré notamment une fosse remplie de céramiques datables du dernier tiers du Ve et du début du IVe siècle avant J.-C., c’est-à-dire des premières décennies d’existence de la colonie tarentine d’Héraclée. On note la présence de fragments de deux cratères apuliens à figures rouges, dont un de grande taille.
En dehors de l’îlot, sur la pente de la colline, on trouve les restes de la rue périmétrale hellénistique, qui surmonte plusieurs niveaux de remblais mis en place au IIIe siècle avant J.-C. Ces strates livrent une série très abondante et homogène de céramiques grecques archaïques de la fin du VIIe et de la première moitié du VIe siècle avant J.-C. En proviennent notamment les fragments d’une cruche à décor figuré dans le style de la chèvre sauvage que l’on peut attribuer aux productions de Milet en Ionie du sud dans le troisième quart du VIIe siècle avant J.-C.
Aucun vestige des différentes fortifications connues dans d’autres secteurs - en pierre d’époque hellénistique et en brique crue d’époque archaïque – n’ont encore été mis au jour. La troisième campagne devrait permettre d’atteindre les niveaux archaïques et de compléter ainsi la séquence stratigraphique compète du site.
Ce n’est donc que sur les rebords du plateau que l’on a des chances de retrouver une stratigraphie complète conservée des occupations successives, depuis le début de l’époque orientalisante jusqu’ à la fin de l’époque hellénistique. Un sondage (B) a donc été implanté sur le rebord sud, dans une zone non fouillée précédemment, à l’angle d’un îlot de la ville hellénistique. Les deux premières campagnes ont permis de fouiller les niveaux hellénistiques, jusqu’à celui qui correspond à la phase de la grande réorganisation urbaine, dans la première moitié du IIIe siècle avant J.-C., et les niveaux classiques, exceptionnellement conservés. Ces derniers ont livré notamment une fosse remplie de céramiques datables du dernier tiers du Ve et du début du IVe siècle avant J.-C., c’est-à-dire des premières décennies d’existence de la colonie tarentine d’Héraclée. On note la présence de fragments de deux cratères apuliens à figures rouges, dont un de grande taille.

 L’étude du temple archaïque dans la vallée médiane

Etude
Etude

Dans le vallon médian du Varatizzo, Dinu Adamesteanu avait découvert et fouillé les fondations mal conservées d’un temple périptère qu’il attribuait à la haute époque archaïque. Le monument avait ensuite fait l’objet de nouveaux sondages par l’équipe de Gianpiero PIANU dans les années 1980-1990, qui avaient conduit à en réviser la datation, désormais placée dans la première moitié du IVe siècle avant J.-C. L’étude des vestiges conservés, complétée par un relevé photogrammétrique, ainsi que de nouveaux sondages (C, D) effectués dans la cella ont permis de distinguer deux phases de construction : une phase archaïque datable de la fin du VIIe ou du début du VIe siècle avant J.-C. et une reconstruction classique, au cours de laquelle on a peut-être ajouté la peristasis, qui pourrait être celle de la première moitié du IVe siècle avant J.-C. Ces deux phases correspondent d’ailleurs aux deux séries de terres cuites architecturales provenant de la zone, qui peuvent être attribuées au bâtiment de culte. La fouille a mis au jour plusieurs sols de galets qui correspondent à des structures antérieurs au temple et au premier aménagement de la cella de celui-ci.

Auteurs :
Massimo OSANNA, professeur à l’Université de la Basilicate, Surintendant de Pompéi, Herculanum et Stabies
Stéphane VERGER, directeur d’études à l’EPHE – UMR 8546
Rossella PACE, chercheuse contractuelle à l’UMR 8546
Gabriel ZUCHTRIEGEL, directeur du Musée Archéologique National de Paestum
Francesca SILVESTRELLI, chercheuse à l’Université du Salento (Lecce)

Illustrations
1. Carte
2. Localisation des sondages 2014-2016
3. Restes de fabrication de monnaies en bronze hellénistiques (sondage A)
4. Fragments d’une cruche milésienne de la seconde moitié du VIIe siècle avant J.-C. (sondage B)
5. Le temple archaïque et classique du vallon du Varatizzo (sondage C)