Pompéi. Promenade immersive. Trésors archéologiques. Nouvelles découvertes - Exposition Grand Palais reprogrammée du 1er juillet au 27 septembre 2020
Compte-rendu Alix Barbet

, par Jean-Michel Colas

L’exposition sur Pompéi qui devait ouvrir mercredi 26 mars a été reportée du fait du confinement entraîné par la pandémie de coronavirus. Toutefois, le Grand Palais a mis à la disposition du grand public un site : https://www.grandpalais.fr/fr/expo-pompei-chez-vous qui permet de se faire déjà une première idée de cette exposition d’un type très nouveau car il s’agit d’une promenade dite « immersive » dans Pompéi, où les restitutions en 3D et beaucoup de vidéos permettent de découvrir essentiellement les nouvelles fouilles qui ont eu lieu de 2017 à 2019 dans une partie du site, dans la région V c’est-à-dire tout au nord du site, dans un secteur jamais fouillé auparavant.

Les vidéos

Les vidéos proposées sont en grande partie tirées du film de Gédéon Programmes intitulé « Les dernières heures de Pompéi » projeté juste avant l’ouverture supposée de l’exposition. En premier lieu nous avons un aperçu de la maison de Jupiter, partiellement fouillée autrefois, devenue la maison d’Orion en raison de la découverte de la mosaïque exceptionnelle d’Orion transformé en constellation. Puis nous est présentée la maison dite du Jardin, à l’atrium couvert, ce qui est rare, au décor raffiné dont on nous présente des restitutions qui complètent les fresques, en y ajoutant le mobilier disparu. A ce propos, des éléments d’un plafond sont mentionnés et une copie d’une voûte célèbre nous est présentée comme provenant de cette maison alors qu’il s’agit de celle de la Taberna attiorum. C’est là, à notre avis, le problème des restitutions en 3D qui dépassent parfois le but de suggérer ce qui a réellement existé.

La restauration d’une mosaïque

La vidéo montre une restauratrice en train de compléter les zones manquantes de la mosaïque trouvée sur une fontaine, mosaïque murale rare, et il nous est bien expliqué que l’on prend soin de distinguer l’original du restitué par de simples touches d’aquarelle dans les lacunes de ce tableau où il faudrait voir Dionysos et Ariane, comme le groupe célèbre de la fresque de la villa des Mystères.

Les nouvelles fouilles

Il est brièvement rappelé que les nouvelles fouilles entreprises dans la région V font partie du « Grande Progetto Pompei » qui a pour but premier de restaurer les maisons déjà découvertes, suite à l’effondrement de la Schola armaturarum, rappelée dans les quelques pages du catalogue qui sont accessibles sur le site sus nommé, mais aussi à sécuriser le front de fouilles entre la zone dégagée et celle inconnue, six mètres plus haut, qui a tendance à s’effondrer. C’est pour cette raison que le triangle non fouillé entre deux parties dégagées, appelé « cuneo » a permis la découverte de nouvelles maisons, d’un thermopolium, de leur décor, d’un beau mobilier dont certains éléments seront présentés.

Le catalogue

Quelques pages du catalogue sont visibles et lisibles, dont les préfaces. Le sommaire est étonnant qui montre une abondance d’entretiens avec les différents acteurs de ces découvertes : les innovations technologiques nous sont expliquées, comment mettre en sécurité les fronts de fouille, mais aussi les tituli picti, c’est-à-dire les affiches électorales qui nous révèlent le nom de certains propriétaires, les analyses anthropologiques puisqu’on a trouvé une dizaine de squelettes, des amulettes, sans oublier un entretien avec une archéozoologue et une archéobotaniste. Nous attendons de pouvoir lire l’ouvrage en entier, mais déjà il y abondance d’images spectaculaires : des éruptions passées ou restituées, de peintures et mosaïques de plusieurs maisons pompéiennes, mais aussi de tableaux des artistes du XIXe siècle, se plaisant à mettre en scène des personnages habillés à la romaine dans des intérieurs pompéiens restitués. Dans les notices du catalogue, notons au passage l’intérêt de cette statue trouvée anciennement dans la villa des Mystères qui représenterait à l’origine la maîtresse des lieux et qui reçut ensuite le visage de l’impératrice Livie, on note deux types de marbre et une insertion de la nouvelle tête non terminée. A ce propos, l’emploi de mots en latin, trop spécialisés, comme la palla, la gens Istacidia, la Pudicitia, auraient mérité des explications pour un public non averti. C’est le même petit détail que l’on remarque pour la notice de la mosaïque de la fontaine, où il est question d’un pallium, d’un labrum, d’une technique de vermiculatum.

Puis nous pouvons cliquer sur cinq rubriques pour en savoir plus, grâce à la réalité augmentée.

Réalité augmentée

Nous découvrons la fameuse statue de Livie dont les couleurs sont restituées grâce aux traces qui ont subsisté.

Dessins

La rubrique des dessins nous offre une série d’aquarelles tirées des envois des architectes envoyés à Rome et dont cinq au moins, entre 1824 et 1910, ont pris pour sujet Pompéi, choisissant un édifice pour l’étudier en en faisant tous les relevés et en proposant une restitution des élévations. Ces envois sont conservés à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris et sont rarement visibles. Nous nous souvenons de l’exposition exceptionnelle qui eut lieu à Paris, dans la chapelle de Petits-Augustins en 1981, avec un superbe catalogue, intitulé : « Pompéi travaux et envois de architectures français au XIXe siècle ». L’exposition du Grand Palais devrait nous les montrer en réalité augmentée.

L’audioguide

L’audioguide est destiné aux adultes, il dure trois-quarts d’heure et détaille de façon très scientifique les quatre sections de l’exposition. La première commence avec l’histoire de Pompéi, port actif, les événements dont le tremblement de terre de 62 ou de 63 ap. J.-C. , puis il est question de l’art culinaire autour d’un très beau cratère, on évoque le « Satyricon » de Pétrone, comment on dosait le vin et puis on parle de musique. L’architecture nouvelle à péristyle est détaillée avec l’importance des jardins, des essences d’arbres avec vue sur le jardin peint de la maison du Bracelet d’or, et l’on nous présente les objets prévus dans l’exposition : un oscillum , un disque en marbre qui était suspendu dans le péristyle de la maison des Amours dorés, avec bas-relief d’un centaure, de même les tableaux avec masques montés sur piliers sculptés donnant sur le jardin.

Ce sont ensuite les bijoux qui ont été retrouvés qui nous sont présentés, et il est alors question d’autres sites autour de Pompéi, qui les ont livré : la villa d’Oplontis, l’édifice de Moregine, et même la villa récemment fouillée de Terzigno. En revanche, ni Herculanum et ni Stabies ne sont évoqués. Il est question de commerce, puis on en vient à l’éruption du Vésuve au témoignage de la lettre de Pline le Jeune dont plusieurs copies sont connues qui donnent des dates différentes : l’une, privilégiée longtemps, indique le 9e jour avant les calendes de septembre, soit le 24 août, mais une autre donne le 9e jour avant les calendes de novembre, soit le 24 octobre, ce dont plusieurs archéologues, dont nous-même, étions convaincus depuis plusieurs années que c’était la bonne date et que la catastrophe avait bien eu lieu à l’automne. L’inscription au charbon de bois (et non pas le graffiti), retrouvée dans la maison au jardin, donnant le 16e jour avant les calendes de novembre, vient apporter une preuve supplémentaire à cette révision de la datation de l’éruption.

Puis il est question des moulages qui témoignent de la tragédie, des diverses découvertes de ces nouvelles fouilles, avec le dégagement d’une nouvelle rue, la ruelle des Balcons. En fait, l’audioguide récite les notices du catalogue. A noter bien sûr l’importance de la découverte de Pompéi qui va inspirer les architectes, les musiciens, les écrivains et bien d’autres. Enfin, est détaillé le développement de l’art de la fresque, des quatre styles pompéiens, avec toujours. cette expression de « rouge pompéien » pour nommer exclusivement le rouge cinabre, couleur rare et chère, alors qu’il en existe un autre plus commun qui est le rouge d’ocre.

Une surprise nous attendait, la dépose de la peinture de la façade de la boutique des Feutriers où Vénus montée sur un char, tiré par des éléphants, est entourée du Génie et de la Fortune. Nous l’avions vue en 2004 (fig.1), encore en place, la déesse protectrice de la ville, dont les couleurs se dégradaient. C’est là une nouvelle peinture qu’il a fallu enlever, comme des centaines d’autres depuis la découverte de la cité au XVIIIe siècle.

Jeux

La rubrique des jeux est destinée aux enfants, avec des questions futées sur l’histoire du site, par exemple savoir s’il y a eu plusieurs éruptions avant ou après 79, dont au passage on nous a bien dit que celle de 79 a eu lieu à l’automne et non en plein été.

Ressources

Enfin, la dernière rubrique appelée ressources, nous donne à voir dans ses détails la mosaïque de la bataille d’Alexandre de la maison du Faune, et les autres mosaïques de cette grande maison. Des liens bibliographiques sont proposés, accompagnés d’explications de mots techniques repérables à la couleur bleue des lettres, ainsi la technique de la fresque, ou ce qu’est une nature morte.

Nous avons accès à une quarantaine de pages d’un catalogue qui doit en contenir deux cents, il est donc difficile de rendre compte complètement de ce document et encore moins de l’exposition elle-même qu’il faut pouvoir espérer voir prochainement.

Alix Barbet,
Directrice de recherches honoraire, C.N.R.S